L’Institut des Hautes Études sur la Justice (IHEJ), en partenariat avec l’Institut d’Histoire du Temps du Présent (CNRS), a créé en 2002 un groupe de recherche européen intitulé « Justice en images », associant des historiens et des juristes français, italiens, britanniques et allemands.

L’objectif était double : mieux comprendre, tout d’abord, la manière dont chaque culture européenne se représente à elle-même la justice à travers le cinéma, en évitant le piège du syncrétisme qui consiste à mélanger des films américains, français ou italiens, pour rapporter les images à une culture et à une histoire propres à chaque pays.
Des thématiques communes ont ainsi été dégagées, sur le rapport à la loi, le statut symbolique du juge et des avocats, ou bien encore l’imaginaire procédural. Il s’agissait ensuite de partager des expériences sur des sujets largement communs, comme la présence de caméras de télévision dans les salles d’audience. L’entrée de la caméra dans le tribunal permet de donner à voir le fonctionnement au quotidien de la justice, en le portant à la connaissance générale. Or, la jurisprudence, dans ce domaine, n’a pas évolué de manière linéaire : présents jusqu’en 1953, les photographes ne furent ensuite plus autorisés à pénétrer dans les tribunaux jusqu’en 1981. Depuis, leur présence, comme celle des reporters de télévision, se limite au début et à la fin de l’audience, avant que ne commence l’interrogatoire et après que le verdict a été prononcé. Cependant, la loi qui interdisait le filmage des procès s’est récemment assouplie sans entraîner, du moins pour l’instant, de modification radicale. Au coup par coup, les caméras entrent dans le prétoire, à l’occasion de la réalisation de documentaires, mais non, comme c’est le cas aux États-Unis, de retransmissions simultanées.

Chacun des participants au projet établit une filmographie nationale sélective, rendant compte, depuis un siècle, des principales œuvres constituant le corpus de notre recherche. Après 18 mois de travaux préparatoires, un congrès inaugural s’est tenu du 24 au 28 novembre 2003 dans les locaux de l’École nationale de la magistrature à Paris, tandis que s’ouvrait un séminaire organisé avec l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), intitulé Histoire, procès et image (2003-2004) puis L’Espace de la procédure. Acteurs, confrontations, pouvoir (2004-2005).

À partir de la rentrée 2005/2006, Justice en images s’attaque à un nouveau chantier : « l’Atelier ». Notre projet, pour lequel nous espérons obtenir l’aide de la mission Recherche du Ministère de la Justice, s’inscrit dans la continuité du rapport présenté par Élisabeth Linden le 22 février 2005 au Ministre de la justice et portant sur les conditions de l’enregistrement et de la diffusion télévisuels des débats judiciaires à la télévision.

Mise en ligne, la filmographie nationale continuera à s’enrichir de nouvelles références. Chacun est invité à faire connaître les films absents de cette liste qui méritent d’y figurer. Comme nous l’avons déjà fait en 2004, nous proposerons aux spécialistes du domaine de rédiger les notices des entrées supplémentaires.

Enfin, cet automne, un nouveau colloque devrait réunir à Bologne le groupe de recherche européen.

 

Contact : Christian DELAGE (delage@ihtp.cnrs.fr)