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RESUME GENERAL |
A bord d'un bus qui fonce
dans la nuit, une jeune fille commence une longue errance
dans le bois de Vincennes. Âgée d'à peine dix-huit ans,
Violette Nozière vient d'empoisonner ses parents. Seule sa
mère survivra. Jusque-là elle vivait dans un petit
appartement sous le joug parental. Son père Baptiste,
mécanicien au PLM et sa mère Germaine étaient des petits
bourgeois complexés qui, pour se rassurer, répétaient à
longueur de temps les espoirs qu'ils nourrissaient pour
l'avenir de leur fille. Mais Violette est bien loin des
projets imaginés par ses parents : elle aime aller danser,
le luxe, recherche le grand amour et se fiche de l'argent.
Lorsqu' enfin elle rencontre Jean, elle touche à l'absolu.
Ce dernier l'aime pour son argent alors qu'elle rêve de
virées à la mer en voiture de sport. Qu'importe. Elle le
retrouve chaque jour dans une chambre d'hôtel avant de
rentrer chez ses parents qui l'attendent pour jouer à la
belote. Violette Nozière est à double visage : jeune femme
de la ville, elle n'oublie pas d'enlever son rouge à lèvres
et de changer de vêtements avant de rentrer chez elle. Mais
Violette dit porter aussi un lourd secret : son père la
viole depuis l'âge de treize ans. Alors qu'elle racontera sa
haine de son père au tribunal (venant justifier son
parricide) et qu'on enregistrera ses aveux, sa mère niera
les relations incestueuses soulevées. Outrée, cette dernière
se portera même partie civile et maudira sa fille jusqu'à sa
condamnation à mort. Mais Violette Nozière sera sauvée par
plusieurs amnistie et par sa bonne conduite. Elle finira par
se marier avec le greffier de la prison auquel elle donnera
cinq enfants et par ouvrir un commerce. |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
Inspiré d'un fait
divers qui déchaîna l'opinion publique, le film de Claude Chabrol
se concentre exclusivement sur ce qui a pu conduire le personnage
principal à empoisonner ses parents. Violette est multiple et
contradictoire. D’où le caractère incompréhensible de son geste.
Ainsi, il semble que le fait divers n'est, pour le cinéaste,
qu'un point de départ pour tenter de cerner l'immanence (comme le
firent les surréalistes au moment des faits). En outre, la
justice et ses représentants n'apparaissent que dans le dernier
tiers du film. Apparition qui vient ancrer le récit dans une
époque, dans une société et rendre compte de la réhabilitation
possible d'une meurtrière. Ainsi Violette incarne les tabous et
les secrets d'une société qui se prépare à la guerre puisqu'elle
scelle une sorte de pacte social: l'ordre du travail (séquence
dans laquelle elle dit à sa co-détenue qu'une des surveillantes
peut l'aider à trouver du travail) et la reproduction sexuelle
(Violette ne révèle jamais l'identité de son vrai géniteur :
M.Emile, haut fonctionnaire) impliquent une transgression pour
conserver son équilibre.
Une fois
appréhendée, Violette continue de séduire les hommes et même ceux
garant de l'Ordre et de la Loi. Ainsi, le juge ne reste pas
insensible au récit de son inceste qui commença dès l’âge de
treize ans. L'appelant "Mon petit", il se montre paternaliste et
condescendant, l'invitant à tout lui raconter sur le ton de la
confidence. Mais si Violette est mythomane, elle ne ment pas sur
sa culpabilité dans l’assassinat de son père. C'est dans la même
logique que le tribunal va venir à elle, en organisant une
concertation dans le bureau du directeur de la prison. C'est donc
à huis-clos que Violette va expliquer son crime et se confronter
à sa mère qui s'est constituée partie civile. Mais le jugement
final la condamne à mort. Elle restera impassible, la société
n'ayant aucune prise sur elle. Ce qu'elle attend avant tout est
le pardon de sa génitrice. C’est en ce sens que les personnages
incarnant la justice ne sont que des protagonistes de second
plan, tout le film restant centré sur Violette Nozière. En effet,
ils apparaissent comme un groupe anonyme, ne se distinguant pas
radicalement des uns des autres. Masse indistincte qui la
condamne par incompréhension. Seul, l’avocat de Violette
bénéficie d’un traitement à part, lors du procès. En effet, c’est
lui qui fait prendre conscience à la jeune fille de sa
condamnation.
Dans
l'analyse de la place de la justice, la fin du film est très
intéressante. Sur le plan fixe du visage d'Isabelle Huppert en
prison, la voix de Claude Chabrol en off, empreinte de jubilation
et d'ironie, vient conclure. Après sa condamnation à mort, le
spectateur apprend qu'elle fut graciée quelques mois plus tard
par le Président Lebrun puis vit sa peine réduite par Pétain pour
bonne conduite. Elle fut ensuite libérée par le décret du général
de Gaulle. Après avoir envisagé une vie ecclésiastique, elle
renoncera au voile se mariera, aura cinq enfants et ouvrira un
commerce. Quelques mois avant sa mort, sa réhabilitation totale
fut prononcée, ce qui constitue un fait exceptionnel pour un
crime de droit commun. Justice et politique se fondent ici en
donnant une seconde chance à l'héroïne. Alors que la seule chose
certaine est le meurtre du père, Violette Nozière échappe à la
mort et réussit à reconstruire sa vie. Dans ce film, les
aspirations du personnage principal et de la justice se croisent
sans véritablement se rencontrer: la jeune fille ne réclamant que
le pardon de sa mère et non celui de la société. Ici, la justice
est miséricordieuse par obligation. Ainsi, ses décisions sont
annulées par le Politique qui sauve Violette de la mort.
Retournement de situation qui vient satisfaire le spectateur qui,
depuis le début, a été invité par le cinéaste à s'identifier à la
jeune femme. Alors que les féministes et les surréalistes sont
fascinés par le "cas Nozière" comme une grande partie de
l'opinion publique, le tribunal, après un moment d'apitoiement,
n'hésite pas à la condamner à la peine capitale. Claude Chabrol
met en scène deux parties en opposition : d'un côté, l'opinion
publique et la sphère politique, de l'autre : la justice qui se
retrouve désavouée dans ses choix par une instance qui lui est
supérieure : le gouvernement. |