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TITRE Violette Nozière
REALISATEUR Claude Chabrol
ANNEE 1978
DUREE 2h10
PRODUCTEUR Claude Léger et Roger Morand
GENERIQUE

Scénario : Odile Barski, Hervé Bromberger, Frédéric Grendel, Jean-Maire Fritera. Casting: Dominique Zardi (juge)

EXPLOITATION  
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COPIE VHS / DVD cinéastes de la nouvelle-vague, fil à film
RESUME GENERAL

A bord d'un bus qui fonce dans la nuit, une jeune fille commence une longue errance dans le bois de Vincennes. Âgée d'à peine dix-huit ans, Violette Nozière vient d'empoisonner ses parents. Seule sa mère survivra. Jusque-là elle vivait dans un petit appartement sous le joug parental. Son père Baptiste, mécanicien au PLM et sa mère Germaine étaient des petits bourgeois complexés qui, pour se rassurer, répétaient à longueur de temps les espoirs qu'ils nourrissaient pour l'avenir de leur fille. Mais Violette est bien loin des projets imaginés par ses parents : elle aime aller danser, le luxe, recherche le grand amour et se fiche de l'argent. Lorsqu' enfin elle rencontre Jean, elle touche à l'absolu. Ce dernier l'aime pour son argent alors qu'elle rêve de virées à la mer en voiture de sport. Qu'importe. Elle le retrouve chaque jour dans une chambre d'hôtel avant de rentrer chez ses parents qui l'attendent pour jouer à la belote. Violette Nozière est à double visage : jeune femme de la ville, elle n'oublie pas d'enlever son rouge à lèvres et de changer de vêtements avant de rentrer chez elle. Mais Violette dit porter aussi un lourd secret : son père la viole depuis l'âge de treize ans. Alors qu'elle racontera sa haine de son père au tribunal (venant justifier son parricide) et qu'on enregistrera ses aveux, sa mère niera les relations incestueuses soulevées. Outrée, cette dernière se portera même partie civile et maudira sa fille jusqu'à sa condamnation à mort. Mais Violette Nozière sera sauvée par plusieurs amnistie et par sa bonne conduite. Elle finira par se marier avec le greffier de la prison auquel elle donnera cinq enfants et par ouvrir un commerce.

IMAGES DE LA JUSTICE

Inspiré d'un fait divers qui déchaîna l'opinion publique, le film de Claude Chabrol se concentre exclusivement sur ce qui a pu conduire le personnage principal à empoisonner ses parents. Violette est multiple et contradictoire. D’où le caractère incompréhensible de son geste. Ainsi, il semble que le fait divers n'est, pour le cinéaste, qu'un point de départ pour tenter de cerner l'immanence (comme le firent les surréalistes au moment des faits). En outre, la justice et ses représentants n'apparaissent que dans le dernier tiers du film. Apparition qui vient ancrer le récit dans une époque, dans une société et rendre compte de la réhabilitation possible d'une meurtrière. Ainsi Violette incarne les tabous et les secrets d'une société qui se prépare à la guerre puisqu'elle scelle une sorte de pacte social:  l'ordre du travail (séquence dans laquelle elle dit à sa co-détenue qu'une des surveillantes peut l'aider à trouver du travail) et la reproduction sexuelle (Violette ne révèle jamais l'identité de son vrai géniteur : M.Emile, haut fonctionnaire) impliquent une transgression pour conserver son équilibre.

Une fois appréhendée, Violette continue de séduire les hommes et même ceux garant de l'Ordre et de la Loi. Ainsi, le juge ne reste pas insensible au récit de son inceste qui commença dès l’âge de treize ans. L'appelant "Mon petit", il se montre paternaliste et condescendant, l'invitant à tout lui raconter sur le ton de la confidence. Mais si Violette est mythomane, elle ne ment pas sur sa culpabilité dans l’assassinat de son père. C'est dans la même logique que le tribunal va venir à elle, en organisant une concertation dans le bureau du directeur de la prison. C'est donc à huis-clos que Violette va expliquer son crime et se confronter à sa mère qui s'est constituée partie civile. Mais le jugement final la condamne à mort. Elle restera impassible, la société n'ayant aucune prise sur elle. Ce qu'elle attend avant tout est le pardon de sa génitrice. C’est en ce sens que les personnages incarnant la justice ne sont que des protagonistes de second plan, tout le film restant centré sur Violette Nozière. En effet, ils apparaissent comme un groupe anonyme, ne se distinguant pas radicalement des uns des autres. Masse indistincte qui la condamne par incompréhension. Seul, l’avocat de Violette bénéficie d’un traitement à part, lors du procès. En effet, c’est lui qui fait prendre conscience à la jeune fille de sa condamnation.

Dans l'analyse de la place de la justice, la fin du film est très intéressante. Sur le plan fixe du visage d'Isabelle Huppert en prison, la voix de Claude Chabrol en off, empreinte de jubilation et d'ironie, vient conclure. Après sa condamnation à mort, le spectateur apprend qu'elle fut graciée quelques mois plus tard  par le Président Lebrun puis vit sa peine réduite par Pétain pour bonne conduite. Elle fut ensuite libérée par le décret du général de Gaulle. Après avoir envisagé une vie ecclésiastique, elle renoncera au voile se mariera, aura cinq enfants et ouvrira un commerce. Quelques mois avant sa mort, sa réhabilitation totale fut prononcée, ce qui constitue un fait exceptionnel pour un crime de droit commun. Justice et politique se fondent ici en donnant une seconde chance à l'héroïne. Alors que la seule chose certaine est le meurtre du père, Violette Nozière échappe à la mort et réussit à reconstruire sa vie. Dans ce film, les aspirations du personnage principal et de la justice se croisent sans véritablement se rencontrer: la jeune fille ne réclamant que le pardon de sa mère et non celui de la société. Ici, la justice est miséricordieuse par obligation. Ainsi, ses décisions sont annulées par le Politique qui sauve Violette de la mort. Retournement de situation qui vient satisfaire le spectateur qui, depuis le début, a été invité par le cinéaste à s'identifier à la jeune femme. Alors que les féministes et les surréalistes sont fascinés par le "cas Nozière" comme une grande partie de l'opinion publique, le tribunal, après un moment d'apitoiement, n'hésite pas à la condamner à la peine capitale. Claude Chabrol met en scène deux parties en opposition : d'un côté, l'opinion publique et la sphère politique, de l'autre : la justice qui se retrouve désavouée dans ses choix par une instance qui lui est supérieure : le gouvernement.

Fiche réalisée par Myriam Gharbi

 


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