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TITRE Moi, Pierre Rivière
REALISATEUR

René Allio

ANNEE 1976
DUREE 125 min
PRODUCTEUR René Féret pour les films Arquebuse, Polsim production, la Société française de production et l’Institut national de l’audiovisuel (dir. de prod.: Michèle Plaa).
GENERIQUE  
EXPLOITATION

Distribution : Panfilm

Sorti en salle le 27 octobre 1976, à l’affiche de deux salles seulement, situées l’une et l’autre dans le sixième arrondissement (Au Git-le-cœur, qui est maintenant le Saint-André-des-Arts et au Luxembourg). Quelques 6000 entrées la première semaine. Le film termine sa carrière au Logos, tombé à 1100 entrées par semaine, il finit donc à quelque 40000 spectateurs. La production est en déficit (cf. René Allio, le 2 mars 1972).

La sortie des films dans leur région “ d’origine ” est le véritable aboutissement de son travail pour le cinéaste. En novembre 1976, Moi, Pierre Rivière... sort à Caen puis à Flers. 

LOCALISATION DES ARCHIVES

Film consulté à la BIFI.

“découpage et dialogues intégraux ”, l'Avant-Scène, 1977, n°183

Archives de René Allio. Consultation réservée. Fonds Allio, IMEC.

Michel Foucault, “ Les meurtres qu’on raconte ”, Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère ... Un cas de parricide au XIX siècle, Paris, 1975.

Le dossier de Michel Foucault rassemble, outre le cahier du meurtrier, des textes d’origines multiples, relatifs aux constats et au procès. “ Tout ce qui est dit dans le film est tiré du dossier, soit que les documents aient été rapportés tels quels, soit qu’ils aient été utilisés sous la forme de dialogues. Mais l’organisation du récit et la réalisation, en tant qu’elles peuvent constituer autre chose qu’une interprétation, se fondent sur les commentaires de Michel Foucault et de son équipe. ”, René Allio, notes de présentation du scénario. Ce qui dans le livre renvoie aux commentaires de Foucault et ses disciples, c’est la mise en scène. C’est là que les observations développées dans la dernière partie du livre prennent leur place et trouvent à travailler dans le film.

COPIE VHS / DVD VHS : La Sept/vidéo et Argos films, “ Le siècle des Lumière ”, collection proposée par Anatole Dauman.
RESUME GENERAL

En 1835, dans un village de Normandie, on découvre les cadavres d’une femme, de sa fille aînée et de son plus jeune fils. Son mari, dont elle est séparée, habite dans un hameau voisin avec les autres enfants, dont Pierre Rivière que l’enquête identifie comme le meurtrier. La police l’arrête après une longue recherche. Entre-temps, le procureur du roi a recueilli les informations. Le meurtrier serait un arriéré mental, sournois, presque illettré, n’ayant pour circonstances atténuantes que les fréquentes disputent de ses parents dans lesquelles il aurait résolument pris parti pour son père. Au cours du premier interrogatoire, le juge d’instruction a la surprise de découvrir un tout autre personnage. Pierre Rivière, qui tente d’abord de se faire passer pour un illuminé, s’inspirant même de la Bible, finit par avouer qu’il a tué sa mère, sa sœur et son frère pour débarrasser son père. Il rédige alors dans sa cellule un mémoire. Outre les rapports complexes qu’il a entretenus avec ses parents, Pierre Rivière rédige une véritable chronique de la vie paysanne, ses peines et ses misères, avec, en arrière plan, une subtile évocation de l’évolution de mentalités vers 1830. Avant d’introduire le mémoire, le film, suivant l’enquête à la trace, reconstituant l’ambiance alentour, met en scène la controverse d’époque et le système judiciaire qui lui permet de se développer. Au centre, la notion de responsabilité : châtiment ou internement psychiatrique ? Finalement Rivière est condamné à la peine de mort, commuée ensuite en détention perpétuelle. Quelques années plus tard, Pierre se pend dans sa cellule.

IMAGES DE LA JUSTICE

Pierre Rivière réussit à piéger tous les appareils, à échapper à tout, puisque finalement, ni la justice, ni la médecine ne savent quoi en faire. Il avait posé aux juges et aux médecins de l’époque une énigme que n’avait pu résoudre aucun d’entre eux : quelqu’un avait commis un meurtre sauvage et en même temps avait eu besoin de le décrire, de le penser. Son mémoire échappe à toutes les catégorisations possibles.

Il y a d’abord un travail sur la parole. Du côté des documents officiels, on sent que ce sont des appareils qui parlent. Il y a aussi l’écriture particulière des greffiers qui retranscrivent immédiatement dans un français convenu, efficace dans l’appareil judiciaire, mais qui charrie aussi le français paysan. La partie consacrée aux témoignages fait la liste des symptômes tels que l’expertise médico-légale les recherche et les aligne. Cette partie est très typifiée. Au contraire des formes très “ naturalistes ” qui traduisent le discours et les points de vue de Rivière qui pour n’en être pas moins troublants, sont perçus comme plus vrais, authentiques, sincères. Un clivage s’établit : les voix bourgeoises des notables et des représentants de l’institution judiciaire (acteurs professionnels) sont monotones et froides ; celles de paysans (joués par des paysans) sont marqués par les accents et les timbres. La dénonciation du discours dominant passe aussi par les costumes de Christine Laurent qui font des notables des gens noirs, extérieurs.

Il faut repérer ensuite la montée de l’affaire dans l’appareil judiciaire et son contexte, en hommes et en décors, comme en discours : les petits notables locaux pour le meurtre et l’instruction, les grands notables régionaux pour le procès, les grands notables nationaux pour le recours en grâce et la demande de commutation de la peine. Les divers discours tenus par les villageois, par la justice, par la médecine, par les journaux cherchent à rendre compte de cet acte qui les piège tous. Allio utilise des marques très subtiles pour repérer les discours, les couches de pouvoir, indiquer à quelle série de discours renvoie telle ou telle séquence, à quel point de vue elle se rattache. Les témoignages sont “ documentaires ”, Allio emprunte même au genre documentaire des procédés comme les sous-titres, les citations, le nom des personnages qui parlent, ou, dans l’image, la situation par rapport à la caméra de ceux qui parlent.  Si la caméra est à la place du juge (c’est-à-dire qu’on ne voit pas celui-ci), le document que nous avons est celui que collectionne justement le juge. Il ne nous est pas donné à voir seulement le document que constitue le témoignage mais aussi celui que peut constituer pour notre regard, 150 ans plus tard, la relation entre le juge et le témoin. On voit ainsi comment le second tient au premier le discours que celui-ci attend et induit c’est pourquoi Allio place le juge aussi dans le plan. (“ Peu de témoins : importance de les montrer parlant de R, l’imitant devant le juge car l’imitant, ils révèlent bien la part de fantasmes personnels que toute description d’une “ anormalité ” met en jeu, mais encore, le faisant pour le juge, ils révèlent bien aussi par ce jeu pour le représentant du pouvoir quel rôle celui-ci attend de leur voir jouer et comment leur point de vue sur R est tout entier induit par la présence sur le terrain de la police. ” René Allio, 22 février 1975)

Fiche réalisée par  Julien Neutres


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