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TITRE L'authentique procès de Carl-Emmanuel Jung
REALISATEUR Marcel Hanoun
ANNEE 1967
DUREE 66 minutes
PRODUCTEUR Anatole Dauman (à vérifier)
GENERIQUE Scénario de Marcel Hanoun. Interprètes principaux du procès : Maurice Poullenot, Raymond Jourdan, Michael Lonsdale, Jean-Marie Serreau.
EXPLOITATION  
LOCALISATION DES ARCHIVES Cinémathèque Française et Bilbiothèque du film (Bifi)
COPIE VHS / DVD aucun
RESUME GENERAL

Ne pouvant filmer un « authentique » procès d'un bourreau nazi, Marcel Hanoun décide de réaliser une fiction, relatant minutieusement, à travers le regard d'un journaliste, le huis-clos du procès imaginaire d'un criminel de guerre, Carl-Emmanuel Jung, prévenu libre jugé 20 ans après les faits, présenté comme ancien milicien et officier chef de groupe du Camp n°1. Même si le film ne se réfère jamais à la réalité historique du nazisme, son horreur inimaginable est d'autant plus présente à travers les réquisitoires et les témoignages oraux des rares survivants, constituant l'essentiel du film et relatant les tortures et autres « expériences d'anatomie pathologique », ainsi que la mise en oeuvre de la solution finale dans les chambres à gaz. Face à ces accusations, l'ancien bourreau, notable cultivé et véritable incarnation de la « banalité du mal », restera de marbre, se présentant comme un simple exécutant ayant la conscience claire. Le film s'achève juste avant le rendu du verdict, comme en suspension...

IMAGES DE LA JUSTICE

Pour représenter un tel procès, Marcel Hanoun opte pour une épure et une distanciation radicale, seules à même de rendre compte de l'impensable écart entre cet homme « banal », que l'on voit chez lui lors de brefs incursions hors de l'audience, mangeant en famille ou jouant du Bach, et l'horreur de ses actes passés, dont nous ne verrons aucune image, sinon, insérées et répétées comme un leimotiv, une scène nocturne de fusillade rappelant le Tres de Mayo de Goya. Tout le travail d'Hanoun se porte sur la parole, sur ce qu'elle peut figurer de l'indicible. Pour cela, le lieu du procès est réduit à une épure : chaque intervenant, qu'il s'agisse du coupable, du juge, des avocats ou des témoins, ainsi que du journaliste qui suit l'instruction, est filmé en plan moyen ou rapproché, sur un même fond noir uniforme et profond d'où  il ressort en clair-obscur, avec un minimum d'éléments décoratif, voire aucun. Du reste, on ne verra jamais la disposition générale du lieu, en sorte qu'il n'est jamais possible de connaître les places respectives de chacun et que rien ne différencie visuellement les uns des autres, sinon que les témoins se tiennent seuls debout. Ainsi réduit à une abstraction spatiale, défait de ses oripeaux institutionnels et de son rituel avec ses places fortement marquées, le procès se focalise sur la seule parole, sur le témoignage comme unique trace des souffrances mais preuve accablante, et ce via l'écoute du journaliste, médiateur auriculaire du film. Ce dernier, ne comprenant pas la langue du procès, doit l'écouter au casque  en traduction simultanée. Ce qui produit plusieurs effets de décalage et de distanciation : léger désynchronisme entre les corps, ainsi muets en eux-mêmes, et les voix des interprètes ; superposition de la  même voix sur plusieurs acteurs du procès ; voix neutre et féminine sur Jung alors qu'il semblerait perdre un peu de son calme, etc. A cela enfin, s'ajoutent des réflexions du journaliste en voix-off, ainsi que, brisant soudainement ce cadre forclos et abstrait, la visualisation de ses pensées intimes : le portrait dénudé  de celle qu'il aime, corps glorieux baignant dans un cadre lumineux, seule image lui venant à l'évocation détaillée de ses autres corps nus, détruits eux en masse par la folie totalitaire. Comment peut-on ainsi détruire ce qui fait l'homme ? Comment peut-on l'imaginer ? Comment peut-on le « traduire » en mot et le transmettre ? Il est des questions auxquels un procès, même le plus utile, ne peut répondre définitivement.     

Fiche réalisée par Safia Benhaim

 


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