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RESUME GENERAL |
Ne
pouvant filmer un « authentique » procès d'un bourreau nazi,
Marcel Hanoun décide de réaliser une fiction, relatant
minutieusement, à travers le regard d'un journaliste, le
huis-clos du procès imaginaire d'un criminel de guerre,
Carl-Emmanuel Jung, prévenu libre jugé 20 ans après les
faits, présenté comme ancien milicien et officier chef de
groupe du Camp n°1. Même si le film ne se réfère jamais à la
réalité historique du nazisme, son horreur inimaginable est
d'autant plus présente à travers les réquisitoires et les
témoignages oraux des rares survivants, constituant
l'essentiel du film et relatant les tortures et autres
« expériences d'anatomie pathologique », ainsi que la mise
en oeuvre de la solution finale dans les chambres à gaz.
Face à ces accusations, l'ancien bourreau, notable cultivé
et véritable incarnation de la « banalité du mal », restera
de marbre, se présentant comme un simple exécutant ayant la
conscience claire. Le film s'achève juste avant le rendu du
verdict, comme en suspension... |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
Pour
représenter un tel procès, Marcel Hanoun opte pour une épure et
une distanciation radicale, seules à même de rendre compte de
l'impensable écart entre cet homme « banal », que l'on voit chez
lui lors de brefs incursions hors de l'audience, mangeant en
famille ou jouant du Bach, et l'horreur de ses actes passés, dont
nous ne verrons aucune image, sinon, insérées et répétées comme
un leimotiv, une scène nocturne de fusillade rappelant le Tres
de Mayo de Goya. Tout le travail d'Hanoun se porte sur la
parole, sur ce qu'elle peut figurer de l'indicible. Pour cela, le
lieu du procès est réduit à une épure : chaque intervenant, qu'il
s'agisse du coupable, du juge, des avocats ou des témoins, ainsi
que du journaliste qui suit l'instruction, est filmé en plan
moyen ou rapproché, sur un même fond noir uniforme et profond
d'où il ressort en clair-obscur, avec un minimum d'éléments
décoratif, voire aucun. Du reste, on ne verra jamais la
disposition générale du lieu, en sorte qu'il n'est jamais
possible de connaître les places respectives de chacun et que
rien ne différencie visuellement les uns des autres, sinon que
les témoins se tiennent seuls debout. Ainsi réduit à une
abstraction spatiale, défait de ses oripeaux institutionnels et
de son rituel avec ses places fortement marquées, le procès se
focalise sur la seule parole, sur le témoignage comme unique
trace des souffrances mais preuve accablante, et ce via l'écoute
du journaliste, médiateur auriculaire du film. Ce dernier, ne
comprenant pas la langue du procès, doit l'écouter au casque en
traduction simultanée. Ce qui produit plusieurs effets de
décalage et de distanciation : léger désynchronisme entre les
corps, ainsi muets en eux-mêmes, et les voix des interprètes ;
superposition de la même voix sur plusieurs acteurs du procès ;
voix neutre et féminine sur Jung alors qu'il semblerait perdre un
peu de son calme, etc. A cela enfin, s'ajoutent des réflexions du
journaliste en voix-off, ainsi que, brisant soudainement ce cadre
forclos et abstrait, la visualisation de ses pensées intimes : le
portrait dénudé de celle qu'il aime, corps glorieux baignant
dans un cadre lumineux, seule image lui venant à l'évocation
détaillée de ses autres corps nus, détruits eux en masse par la
folie totalitaire. Comment peut-on ainsi détruire ce qui fait
l'homme ? Comment peut-on l'imaginer ? Comment peut-on le
« traduire » en mot et le transmettre ? Il est des questions
auxquels un procès, même le plus utile, ne peut répondre
définitivement. |