Accueil
Présentation
Filmographie nationale
Atelier de réalisation
Réseau européen
Séminaires & colloques
Aperçu bibliographique

 

 

 

 

 

 


 



 
TITRE Music Box
REALISATEUR Costa-Gavras
ANNEE 1989
DUREE 2h05
PRODUCTEUR Irwin Winkler, Caralco Pictures (USA)
GENERIQUE

scénario : Joe Eszterhas, acteurs : J.S Block (Juge Silver), Ned Schmidtke (Ned Talbot), Ann Talbot (Jessica Lange)

EXPLOITATION  
LOCALISATION DES ARCHIVES

 

COPIE VHS / DVD Lionsgate
RESUME GENERAL

Ann Talbot est une brillante avocate américaine. C'est donc naturellement qu'elle va prendre la défense de son père, Mishka Laszlo, accusé de crime de guerre. Accusation arrivant plus de quarante ans plus tard suite à l'ouverture des archives de guerre par l'ONU. Le père d'Ann, d'origine hongroise, est menacé d'extradition. C'est en croyant à une confusion patronymique qu'Ann décide d'être son avocate. Ancien agriculteur (fonction qui lui a permis de s'exiler aux Etats-Unis avec sa femme aujourd'hui décédée), Michael Lazslo, de son prénom d'adoption, va voir sa fille remonter l'histoire et son passé ressurgir. Ce bon père de famille traîne un lourd passé : celui de chef militaire nazi lors de la seconde guerre mondiale. Ann va se diriger progressivement vers l'horreur. Au fil des témoignages des survivants au tribunal, c'est tout une Histoire qui se reconstitue : celle des rafles dans les quartiers juifs. Face à la barbarie, Ann fermera les yeux jusqu'au moment où elle se rendra en Hongrie. Persuadée jusque là de l'innocence de son père, qu'elle parvient à faire acquitter, elle rentrera aux Etats-Unis avec un billet de prêteur sur gage au nom d'un des amis de son père. Elle y retirera une boite à musique dans laquelle la vérité était cachée depuis toujours: des photos prises quarante ans plus tôt attestant des atrocités commises par son propre père. C'était bien lui le tortionnaire sadique et impitoyable, décrit par les témoins présents aux audiences. Le spectateur est plongé au tréfond d'un drame individuel en partageant la souffrance d'une jeune fille, emplie de confiance et d'admiration envers ce père idéal qui s'est sacrifié pour élever seul ses deux enfants. Ainsi, alors que l'affaire est close, Ann transmet ses découvertes aux tribunaux et l'affaire est aussitôt réouverte.

IMAGES DE LA JUSTICE

La justice tient ici une place centrale d'un point de vue dramatique. En effet, nous pouvons tout d'abord constater une certaine unité de lieu, la majorité du film se déroulant dans un tribunal. D'autre part, cette importance est bien sûr accentuée par les caractéristiques du personnage central : Ann Talbot. En prenant comme principal protagoniste une avocate, Costa-Gavras dresse le portrait d'une justice souhaitant découvrir la vérité, n'hésitant pas à se replonger dans l'Histoire pour atteindre ses objectifs. Ainsi, ce sont les actions motivées par l'enquête et dirigées par Ann qui vont constituer la courbe dramatique du film.

Le premier personnage incarnant la justice à l'écran est bien sûr Ann Talbot. Femme à la poigne de fer, c'est une brillante avocate qui ne recule devant rien pour faire avancer les enquêtes. Respectée pour son travail par les hommes qui l'entourent, elle est l'incarnation même d'un profond idéal de justice. Intègre, elle croit en la justice comme révélatrice des torts. Face aux accusations fallacieuses visant son père, elle n'hésite pas à utiliser la presse et à user de pratiques peu orthodoxes (espionnage des témoins à leur hôtel, pression sur la partie adverse,...). Mais toujours dans l'objectif de déceler la vérité. Sa cause est montrée comme louable et le spectateur ne peut qu'adhérer. D'ailleurs son professionnalisme est sans bornes puisque par intégrité elle dénoncera les atrocités de son père malgré le fait que l'affaire ait été classée. Même les liens familiaux sont moins forts que son aspiration à la justice égale pour tous.  Mais, Costa-Gavras complexifie son personnage en la faisant évoluer dans deux sphères qui interagissent au procès : la famille et la justice, le privé et le public. Ainsi petit à petit, le procès va venir s'ancrer dans l'intime, devenant une affaire personnelle. Ann Talbot veut connaître la vérité quel qu'en soit le prix. Eprise de justice, elle va peu à peu oublier le lien qui l'unit à l'accusé pour se concentrer sur l'affaire. Phénomène notamment visualisé à l'image par l'utilisation des couleurs de ses vêtements allant crescendo du rouge vif au pourpre. Les caractéristiques d'Ann Talbot rappellent celles des personnages principaux de la "fiction de gauche" des années soixante-dix, dont Costa-Gavras fut l'une des figures tutélaires. A savoir la construction d'une véritable héroïne, au sens fort du terme, aux valeurs humanistes et positives. Ainsi, dans ses caractéristiques, actions ou dialogues, elle se fait le vecteur du message du cinéaste. Cest donc à partir delle que se construit le récit et grâce à elle quil évolue. Toujours en position denquêtrice, elle constitue la place idéale du cinéma de dénonciation car elle mêle la place du spectateur, celle du cinéaste et le désir du public. En étant une bonne représentante de la loi, Ann Talbot fait émerger la dangerosité du discours des autres pour le message positif quelle porte.

Son pendant négatif est incarné par son ex-beau-père (Talbot), qui travaille dans un prestigieux cabinet d'avocats. Il se pose en adjuvant lorsqu'il trouve un ex-agent secret capable de témoigner de la qualité des faux papiers fabriqués à l'époque. Mais, il avoue aussi de vives sympathies fascisantes lorsqu'il explique à son petit-fils que l'holocauste n'a jamais existé ou lorsqu'il déclare avec fierté avoir partagé des dîners avec Klaus Barbie. Il n'hésite pas non plus à utiliser l'émotion suscitée par l'affaire pour qu'Ann remporte le procès. Ainsi à la différence du personnage principal, la vérité lui importe peu. Remporter le procès voilà son objectif. D'où le recours à l'émotion lorsqu'il appuie devant la presse le fait que l'affaire est avant tout "une fille qui défend son père". Il court aussi après les éloges et la notoriété. En effet, les dernières séquences du film se déroulent dans sa villa où toute la presse a été conviée. Carriériste, il est le représentant d'une justice-spectacle qui mesure sa légitimité et son efficacité à son retentissement médiatique.

Deux autres personnages conviennent d'être étudiés. Il s'agit du juge et de l'avocat de la partie adverse. Le premier se distingue par son goût de la justice et de l'équité lors des différentes audiences. Instance suprême, il est aussi le représentant de l'Etat lorsqu'il décide de déplacer la cour en Hongrie pour l'audition d'un témoin crucial, cloué au lit. Ce personnage est caractérisé par son objectivité et par son statut de metteur en scène des audiences. En effet, Costa-Gavras ne nous donne pas son opinion ni sa couleur politique et le pose comme observateur. Statut qui se manifeste d'un point de vue formel, par le fait qu'il soit cadré souvent seul dans un plan. Sa seule ligne de conduite reste la quête honnête de la vérité. C'est en ce sens qu'il viendra rabrouer Ann Talbot dans ses argumentaires ou le parti adverse. Ainsi, Costa-Gavras ne donne pas à voir un procès truqué. L'enjeu étant ailleurs : la problèmatique historique et politique se déplaçant vers le drame personnel.

Quant à l'avocat de la partie civile, il est présenté comme un personnage trouble. En effet, lors d'un dîner la veille du procès, l'avocate lui rappelle sa culpabilité dans la mort de sa femme alors qu'il a été reconnu non coupable. Cette séquence montre l'aversion d'Ann Talbot pour la justice de classe, dont peuvent profiter certains de ses confrères. Cependant, les caractéristiques de ce personnage sont loin d'être les pendants négatifs de l'avocate. En effet lui aussi recherche la vérité mais tout en pensant Mishka coupable. Ainsi le cinéaste tient à montrer le déroulement d'un procès équitable lors duquel deux parties se font face mais dans le but commun de condamner les coupables et de découvrir la vérité.

La justice bénéficie ici d'un  véritable traitement mélioratif, de part les caractéristiques des personnages l'incarnant, regroupées sous le signe de l'objectivité, et de part son importance au sein de la société. En effet, le procès est l'occasion de montrer la justice comme une instance agissante et active oeuvrant pour la condamnation des torts de la société. Elle est aussi l'Etat et joue un rôle de régulateur. En effet, Mishka Laszlo est accusé d'avoir obtenu fallacieusement la naturalisation américaine. Ainsi, l'anti-communisme revendiqué par Mischka ne fait pas l'objet d'intérêt pour la cour. La question politique est évitée par la cour ( et par le cinéaste) qui souhaite ne s'en tenir qu'aux faits. Costa-Gavras met véritablement en lumière la démarche de la justice. Justice qui souhaite condamner le coupable des brutalités dénoncées et non condamner un homme sans preuve. Ainsi les valeurs d'équité et de justice sont mises en avant pendant que le tribunal est véritablement magnifié cinématographiquement. En effet, le cinéaste révèle la puissance de l'institution grâce à de longs travellings dans les allées du tribunal et à des plans d'ensemble. Mais il montre aussi une justice qui se trompe, loin des conventions clichéiques. Alors que dans de nombreux films, l'innocent est accusé à tort, ici c'est le cas inverse : Mishka Laslzo est innocenté une première fois alors qu'il a bel et bien commis ces crimes. Ainsi, l'enjeu du film n'est pas centré sur la justice elle-même mais sur la dimension dramatique instaurée par la relation père-fille. En remontant l'Histoire, Costa-Gavras montre que d'ex-tortionnaires ont réussi à se réfugier aux Etats-Unis pour y finir leurs jours. La vision positive de la justice vient donc servir le propos du cinéaste, puisqu'elle permet de mieux manipuler le specteur qui s'identifie à Ann et donc qui adhère à son opinion. Dans cette mesure, il sera aussi stupéfait qu'elle lors de la confirmation de la véritable activité de son père durant la seconde guerre mondiale. Pour l'auteur, la justice a donc les moyens et surtout le devoir de démasquer les criminels du passé.

Fiche réalisée par Myriam Gharbi

 


Retour à la filmographie