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RESUME GENERAL |
Ann
Talbot est une brillante avocate américaine. C'est donc
naturellement qu'elle va prendre la défense de son père,
Mishka Laszlo, accusé de crime de guerre. Accusation
arrivant plus de quarante ans plus tard suite à l'ouverture
des archives de guerre par l'ONU. Le père d'Ann, d'origine
hongroise, est menacé d'extradition. C'est en croyant à une
confusion patronymique qu'Ann décide d'être son avocate.
Ancien agriculteur (fonction qui lui a permis de s'exiler
aux Etats-Unis avec sa femme aujourd'hui décédée), Michael
Lazslo, de son prénom d'adoption, va voir sa fille remonter
l'histoire et son passé ressurgir. Ce bon père de famille
traîne un lourd passé : celui de chef militaire nazi lors de
la seconde guerre mondiale. Ann va se diriger
progressivement vers l'horreur. Au fil des témoignages des
survivants au tribunal, c'est tout une Histoire qui se
reconstitue : celle des rafles dans les quartiers juifs.
Face à la barbarie, Ann fermera les yeux jusqu'au moment où
elle se rendra en Hongrie. Persuadée jusque là de
l'innocence de son père, qu'elle parvient à faire acquitter,
elle rentrera aux Etats-Unis avec un billet de prêteur sur
gage au nom d'un des amis de son père. Elle y retirera une
boite à musique dans laquelle la vérité était cachée depuis
toujours: des photos prises quarante ans plus tôt attestant
des atrocités commises par son propre père. C'était bien lui
le tortionnaire sadique et impitoyable, décrit par les
témoins présents aux audiences. Le spectateur est plongé au
tréfond d'un drame individuel en partageant la souffrance
d'une jeune fille, emplie de confiance et d'admiration
envers ce père idéal qui s'est sacrifié pour élever seul ses
deux enfants. Ainsi, alors que l'affaire est close, Ann
transmet ses découvertes aux tribunaux et l'affaire est
aussitôt réouverte. |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
La justice tient ici une place
centrale d'un point de vue dramatique. En effet, nous pouvons
tout d'abord constater une certaine unité de lieu, la majorité du
film se déroulant dans un tribunal. D'autre part, cette
importance est bien sûr accentuée par les caractéristiques du
personnage central : Ann Talbot. En prenant comme principal
protagoniste une avocate, Costa-Gavras dresse le portrait d'une
justice souhaitant découvrir la vérité, n'hésitant pas à se
replonger dans l'Histoire pour atteindre ses objectifs. Ainsi, ce
sont les actions motivées par l'enquête et dirigées par Ann qui
vont constituer la courbe dramatique du film.
Le premier
personnage incarnant la justice à l'écran est bien sûr Ann
Talbot. Femme à la poigne de fer, c'est une brillante avocate qui
ne recule devant rien pour faire avancer les enquêtes. Respectée
pour son travail par les hommes qui l'entourent, elle est
l'incarnation même d'un profond idéal de justice. Intègre, elle
croit en la justice comme révélatrice des torts. Face aux
accusations fallacieuses visant son père, elle n'hésite pas à
utiliser la presse et à user de pratiques peu orthodoxes
(espionnage des témoins à leur hôtel, pression sur la partie
adverse,...). Mais toujours dans l'objectif de déceler la vérité.
Sa cause est montrée comme louable et le spectateur ne peut
qu'adhérer. D'ailleurs son professionnalisme est sans bornes
puisque par intégrité elle dénoncera les atrocités de son père
malgré le fait que l'affaire ait été classée. Même les liens
familiaux sont moins forts que son aspiration à la justice égale
pour tous. Mais, Costa-Gavras complexifie son personnage en la
faisant évoluer dans deux sphères qui interagissent au procès :
la famille et la justice, le privé et le public. Ainsi petit à
petit, le procès va venir s'ancrer dans l'intime, devenant une
affaire personnelle. Ann Talbot veut connaître la vérité quel
qu'en soit le prix. Eprise de justice, elle va peu à peu oublier
le lien qui l'unit à l'accusé pour se concentrer sur l'affaire.
Phénomène notamment visualisé à l'image par l'utilisation des
couleurs de ses vêtements allant crescendo du rouge vif au
pourpre. Les caractéristiques d'Ann Talbot rappellent celles des
personnages principaux de la "fiction de gauche" des années
soixante-dix, dont Costa-Gavras fut l'une des figures tutélaires.
A savoir la
construction d'une véritable héroïne, au sens fort du terme, aux
valeurs humanistes et positives. Ainsi, dans ses
caractéristiques, actions ou dialogues, elle se fait le vecteur
du message du cinéaste. C’est
donc à partir d’elle
que se construit le récit et grâce à elle qu’il
évolue. Toujours en position d’enquêtrice,
elle constitue la place idéale du cinéma de dénonciation car elle
mêle la place du spectateur, celle du cinéaste et le désir du
public. En étant une bonne représentante de la loi, Ann Talbot
fait émerger la dangerosité du discours des autres pour le
message positif qu’elle
porte.
Son
pendant négatif est incarné par son ex-beau-père (Talbot), qui
travaille dans un prestigieux cabinet d'avocats. Il se pose en
adjuvant lorsqu'il trouve un ex-agent secret capable de témoigner
de la qualité des faux papiers fabriqués à l'époque. Mais, il
avoue aussi de vives sympathies fascisantes lorsqu'il explique à
son petit-fils que l'holocauste n'a jamais existé ou lorsqu'il
déclare avec fierté avoir partagé des dîners avec Klaus Barbie.
Il n'hésite pas non plus à utiliser l'émotion suscitée par
l'affaire pour qu'Ann remporte le procès. Ainsi à la différence
du personnage principal, la vérité lui importe peu. Remporter le
procès voilà son objectif. D'où le recours à l'émotion lorsqu'il
appuie devant la presse le fait que l'affaire est avant tout "une
fille qui défend son père". Il court aussi après les éloges et la
notoriété. En effet, les dernières séquences du film se déroulent
dans sa villa où toute la presse a été conviée. Carriériste,
il est le représentant d'une justice-spectacle qui mesure sa
légitimité et son efficacité à son retentissement médiatique.
Deux autres
personnages conviennent d'être étudiés. Il s'agit du juge et de
l'avocat de la partie adverse. Le premier se distingue par son
goût de la justice et de l'équité lors des différentes audiences.
Instance suprême, il est aussi le représentant de l'Etat
lorsqu'il décide de déplacer la cour en Hongrie pour l'audition
d'un témoin crucial, cloué au lit. Ce personnage est caractérisé
par son objectivité et par son statut de metteur en scène des
audiences. En effet, Costa-Gavras ne nous donne pas son opinion
ni sa couleur politique et le pose comme observateur. Statut qui
se manifeste d'un point de vue formel, par le fait qu'il soit
cadré souvent seul dans un plan. Sa seule ligne de conduite reste
la quête honnête de la vérité. C'est en ce sens qu'il viendra
rabrouer Ann Talbot dans ses argumentaires ou le parti adverse.
Ainsi, Costa-Gavras ne donne pas à voir un procès truqué. L'enjeu
étant ailleurs : la problèmatique historique et politique se
déplaçant vers le drame personnel.
Quant à l'avocat de
la partie civile, il est présenté comme un personnage trouble. En
effet, lors d'un dîner la veille du procès, l'avocate lui
rappelle sa culpabilité dans la mort de sa femme alors qu'il a
été reconnu non coupable. Cette séquence montre l'aversion d'Ann
Talbot pour la justice de classe, dont peuvent profiter certains
de ses confrères. Cependant, les caractéristiques de ce
personnage sont loin d'être les pendants négatifs de l'avocate.
En effet lui aussi recherche la vérité mais tout en pensant
Mishka coupable. Ainsi le cinéaste tient à montrer le déroulement
d'un procès équitable lors duquel deux parties se font face mais
dans le but commun de condamner les coupables et de découvrir la
vérité.
La justice bénéficie
ici d'un véritable traitement mélioratif, de part les
caractéristiques des personnages l'incarnant, regroupées sous le
signe de l'objectivité, et de part son importance au sein de la
société. En effet, le procès est l'occasion de montrer la justice
comme une instance agissante et active oeuvrant pour la
condamnation des torts de la société. Elle est aussi l'Etat et
joue un rôle de régulateur. En effet, Mishka Laszlo est accusé
d'avoir obtenu fallacieusement la naturalisation américaine.
Ainsi, l'anti-communisme revendiqué par Mischka ne fait pas
l'objet d'intérêt pour la cour. La question politique est évitée
par la cour ( et par le cinéaste) qui souhaite ne s'en tenir
qu'aux faits. Costa-Gavras met véritablement en lumière la
démarche de la justice. Justice qui souhaite condamner le
coupable des brutalités dénoncées et non condamner un homme sans
preuve. Ainsi les valeurs d'équité et de justice sont mises en
avant pendant que le tribunal est véritablement magnifié
cinématographiquement. En effet, le cinéaste révèle la puissance
de l'institution grâce à de longs travellings dans les allées du
tribunal et à des plans d'ensemble. Mais il montre aussi une
justice qui se trompe, loin des conventions clichéiques. Alors
que dans de nombreux films, l'innocent est accusé à tort, ici
c'est le cas inverse : Mishka Laslzo est innocenté une première
fois alors qu'il a bel et bien commis ces crimes. Ainsi, l'enjeu
du film n'est pas centré sur la justice elle-même mais sur la
dimension dramatique instaurée par la relation père-fille. En
remontant l'Histoire, Costa-Gavras montre que d'ex-tortionnaires
ont réussi à se réfugier aux Etats-Unis pour y finir leurs jours.
La vision positive de la justice vient donc servir le propos du
cinéaste, puisqu'elle permet de mieux manipuler le specteur qui
s'identifie à Ann et donc qui adhère à son opinion. Dans cette
mesure, il sera aussi stupéfait qu'elle lors de la confirmation
de la véritable activité de son père durant la seconde guerre
mondiale. Pour l'auteur, la justice a donc les moyens et surtout
le devoir de démasquer les criminels du passé. |