|
|
|
TITRE |
La
Chienne |
|
REALISATEUR |
Jean
Renoir |
|
ANNEE |
1931 |
|
DUREE |
95
minutes |
|
PRODUCTEUR |
Les
Établissements Braunberger – Richebé (Pierre Braunberger et
Roger Richebé) |
|
GENERIQUE |
Scénario :
JR [et André Girard] d’après le roman homonyme de Georges de
La Fouchardière (1930) et son adaptation théâtrale par André
Mouézy-Éon (1930)
Acteurs
principaux :
Michel Simon (Legrand), Janie Marèse (Lulu), Georges Flamant
(Dédé), Christian Argentin (le juge d’instruction), Sylvain
Itkine (l’avocat de Dédé) |
|
EXPLOITATION |
8
semaines consécutives d’exclusivité en « première vision »
au Colisée, Paris |
|
LOCALISATION DES
ARCHIVES |
Bifi (www.bifi.fr.)
: photographies de plateau. – Découpage après montage :
L’Avant-Scène cinéma n° 162 (octobre 1975). – Étude
critique : Jean-Louis Leutrat, « La Chienne » de Jean
Renoir, Yellow now, 1994, 128 p. |
|
COPIE VHS / DVD |
Coffret Les
Films du jeudi / Les Films de La Pléiade, 2003 |
|
RESUME GENERAL |
Maurice
Legrand, petit employé de bureau marié à une femme
acariâtre, ne trouve de satisfaction que dans sa peinture
amateur, jusqu’au jour où il rencontre Lulu, qu’il croit
arracher à Dédé, son souteneur. Mais celui-ci tire profit du
confort dont Legrand a doté Lulu, ainsi que du trafic des
tableaux que le pauvre homme, berné, offre à sa maîtresse.
Un soir qu’il est parvenu à se libérer du foyer conjugal en
y cédant la place au premier mari de sa femme (l’adjudant
Godard, qu’on croyait mort), Legrand surprend Lulu et Dédé
au lit. Le lendemain, il tente désespérément de regagner la
jeune femme mais, rendu fou par ses moqueries, il la
poignarde, puis laisse accuser Dédé du meurtre. Le mauvais
garçon, accablé par ses antécédents et sa lamentable
plaidoirie devant ses juges, est condamné et guillotiné. Des
années plus tard, Legrand et Godard, tous deux clochards,
renouent devant chez un galeriste de l’avenue Matignon, sans
voir que les toiles de Legrand sont devenues des toiles de
maître. |
|
IMAGES DE LA
JUSTICE |
Des diverses institutions
prises pour cibles par La Fouchardière dans son roman, la
mécanique judiciaire est celle qui donne lieu à l’évocation
la plus noire, selon la vogue d’un certain anarchisme
grinçant dont profite ici Renoir.
Le film consacre six
séquences (pour quatre chapitres du roman, deux tableaux de
la pièce) à décrire les suites judiciaires du meurtre de
Lulu : arrestation du faux coupable Dédé, instruction,
procès (ajouté par Renoir), condamnation. Paradoxe cinglant
et payante immoralité – roman, pièce et film connurent un
beau succès de scandale –, la justice laisse courir le
meurtrier et guillotiner un innocent, tout crapuleux
soit-il.
Minutie des scènes de genre
: obscures préséances dans l’antichambre du juge
(reconstituée en studio), rituels de l’instruction profitant
à Legrand et dont les codes échappent à la gouaille
suicidaire de Dédé, inserts d’une vue du vrai Palais de
Justice de Paris et d’une page de registre judiciaire,
dépositions à charge récitées devant une cour impassible,
procession des douze jurés venant rendre leur verdict de
mort, éveil du condamné hagard au petit jour de son
martyre... Renoir, fidèle à la lettre du roman et de la
pièce, aurait souhaité, dit-on, filmer l’exécution en place
publique, mais y renonça.
L’expressivité toute neuve
du parlant dont le cinéaste a eu tôt fait de se rendre
maître décuple ici la noirceur de la satire : leçon de
morale du magistrat infligée à Legrand, choc de deux classes
s’incarnant dans les parlers respectifs du mauvais garçon et
du juge à monocle, « couitch-couitch » du soulier de
l’avocat commis d’office battant antichambre, vide
assourdissant de la bande son scandant le réveil du
condamné.
Quatre ans plus tard,
Renoir, alors converti aux idéaux d’un anarchisme
prévertien, plébiscitera, à la fin du Crime de Monsieur
Lange, le verdict d’un jury populaire relaxant le gentil
meurtrier d’un salaud.
À
noter : La Chienne a fait l’objet d’un remake
américain, Scarlet Street, signé Fritz Lang (1945). |
Fiche réalisée par
Olivier
Curchod
Professeur en classes préparatoires et historien du
cinéma, auteur de plusieurs ouvrages sur Renoir, notamment
« La Grande illusion », Jean Renoir : étude critique,
Nathan, « Synopsis », 1994 et 1998. Merci à Claude Gauteur
pour les documents qu’il m’a communiqués. |
Retour à la filmographie |
|