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TITRE Le Juge et l'Assassin
REALISATEUR Bertrand Tavernier
ANNEE 1976
DUREE 1h50
PRODUCTEUR Raymond Danon et Ralph Baum
GENERIQUE Scénario: Jean Aurenche et Pierre Bost, acteurs : Jean-Claude Brialy  (procureur Monsieur de Villedieu) et Philippe Noiret (Juge Rousseau)
EXPLOITATION  
LOCALISATION DES ARCHIVES  
COPIE VHS / DVD studio canal (dvd)
RESUME GENERAL

Inspiré dun authentique fait divers datant du 19ème qui a fait trembler les campagnes françaises (laffaire Vacher), Le Juge et lassassin met en place un face-à-face entre la Justice et un dément. Réformé par larmée pour déséquilibre mental, rejeté par Louise, sa fiancée, lex-sergent dinfanterie Bouvier (Michel Galabru) ne se donne comme seul choix que de tirer sur lobjet de son amour avant de retourner larme contre lui. Mais le meurtre comme son suicide rate. De cet épisode, il gardera deux balles dans la tête. Interné pour un temps à lasile de Dole, il en ressort soi-disant guérit. Il va alors errer sur les chemins de la campagne française. Se réclamant du statut denvoyé de Dieu, il idolâtre la vierge, continue décrire à Louise tout en violant et étranglant les jeunes bergers et bergères croisés sur son chemin. Lancien militaire va rapidement terrifier la population. Les différents meurtres font la Une des journaux pendant que les enquêteurs piétinent persuadés que les assassinats sont perpétrés par plusieurs individus. Le juge Emile Rousseau (Philippe Noiret), exerçant à Privas (Ardèche) va alors se saisir de laffaire, plus par recherche de notoriété que par professionnalisme. Son ingéniosité va le mettre sur les traces de Bouvier. La course infernale de « léventreur du sud-est », comme laime à lappeler les journalistes,  va être interrompue par le magistrat carriériste et hypocrite. A une époque où lantisémitisme est béni par léglise, où on brûle Zola et où laffaire Dreyfus est à son apogée, le juge est bien décidé à obtenir la tête de lex-sergent quitte à nier la folie du tueur. Et il arrivera à ses fins car Bouvier sera décapité. Pendant que le magistrat se retrouvera au tribunal pour réclamer un titre honorifique, la classe populaire prendra conscience de linjustice de la condamnation et donc de la manipulation bourgeoise orchestrée par le magistrat. A la fin du film, lanarchie touche la classe populaire.

IMAGES DE LA JUSTICE

En mettant en scène un face à face entre un tueur et un assassin, Bertrand Taverier donne à la justice une place centrale. En effet c'est à travers elle, qu'il va s'employer à fustiger la société du 19ème siècle. Ainsi, contrairement à « léventreur du sud-est », personnage marginal des campagnes, Emile Rousseau est lincarnation de lordre bourgeois du dix-neuvième siècle. Provincial, timide et hypocrite, il vit avec sa mère et traque les juifs, les facteurs de désordre, les suspects et surtout les honneurs. Arriviste, il considère chaque chômeur comme un coupable notoire. Le juge Rousseau est un inquisiteur sans scrupule à la justice expéditive. Avec la peinture de ce protagoniste, cest donc toute une classe sociale que le cinéaste fustige. En effet, il incarne une justice de classe acharnée à écraser les petits. Carriériste, le parcours criminel de Bouvier est pour lui une chance qui pourrait le mener à Paris. Comme Bouvier, il est le produit dun ordre social conjuguant linjustice, la bêtise et le profit. Ainsi, le seul souci du juge sera dobtenir les aveux du tueur et de réussir à ce que ce dernier ne soit pas considéré comme fou. Il se fait alors corrupteur en faisant jouer son influence sur les médecins en charge de l’évaluation mentale de Bouvier. Pour lui, la résonance de son affaire pourrait être celle de laffaire Dreyfus. Avec cette comparaison, les remous antisémites, qui agitaient le pays au temps où laffaire Dreyfus faisait plus de bruits que laffaire Vacher, affleurent . Le juge va donc faire preuve dacharnement, mobilisant la presse, sasservissant les médecins et faisant jouer son autorité. Car comme il en témoigne lui-même, il « se fiche que Bouvier soit innocent ou non », ce quil veut cest son affaire. Dailleurs, la fin du film illustre lexcès du carriérisme du magistrat puisquil se retrouve au tribunal, défendu par un avocat qui réclame la légion dhonneur pour son client. De part son entêtement, il se rend coupable dun meurtre légal, élément dont le peuple prendra conscience à la fin du film. Aucune empathie avec le spectateur nest aménagé. En effet, Bertrand Tavernier semble vouer une véritable haine au magistrat. Cest dans un esprit de cruauté délibérée quil représente des scènes familiales. Cruauté que lon retrouve dans les caractéristiques du procureur judiciaire incarné par Jean-Claude Brialy.

Revenu de Cochinchine, accompagné dun « boy » qui fait toute sa fierté, le procureur Monsieur de Villedieu accompagne le juge tout au long de son affaire. Ainsi, le personnage du juge Rousseau permet une intrusion dans la bourgeoisie afin de la disséquer au bistouri. Le procureur qui se clame royaliste, se revendique aussi antisémite car cest un phénomène de mode, pas dangereux et béni par léglise. Comme le juge et le reste de la haute-bourgeoisie, il est fermement opposé à Mirbeau et Zola. Malgré ses affinités avec Emile Rousseau, ce personnage subira une évolution. Pensant au départ comme le juge, il finira par reprocher au magistrat son manque de loyauté et par être convaincu de la folie de Bouvier. Quelques scènes plus tard, le spectateur découvrira le procureur venant de se suicider comme si la prise de conscience des travers de sa société lui avait été trop insupportable.

Le personnage du juge permet donc une entrée dans la haute société afin de mieux critiquer les rapports entre les représentants du pouvoir, de la culture et de la religion. Ainsi, à lentrée des églises, le spectateur pourra lire des affiches du type : « Lisez La Croix, le journal le plus anti-juif de France ». Bertrand Tavernier dénonce les mœurs de lépoque. Au nom du nationalisme, des fanatiques brûlent les livres de Zola. De plus, du haut de sa chaire, le prédicateur condamne les partisans de lécole laïque, cest-à-dire les institutions qui font lire Jules Vallès, Zola, Les Misérables et qui font le jeu des francs-maçons ou des juifs : Lécole laïque na pas dautre but que de pourrir la patrie. La religion est véritablement tournée en dérision. Ainsi, le personnage du juge, tenté par linquisition, traque lanarchiste de Dieu, pendant que les dames des  bonnes œuvres font signer aux clochards, qui veulent une assiette de soupe, « un acte patriotique contre le traître Dreyfus ».  De plus dans les salons bourgeois, les références à Maurros sont légion afin de magnifier la grandeur de lempire. Cest lépoque où Tombouctou vient de tomber, où les missionnaires en Indochine se dévouent pour que se répande la civilisation chrétienne. Larrière-plan historique constitue donc une dimension importante du discours du cinéaste. Cest lépoque de laffaire Dreyfus, des attentats anarchistes, de lexpansion des mouvements syndicaux, des luttes de léglise contre lécole républicaine et du nationalisme exacerbé. Lordre établi, dont le juge Rousseau est lun des représentants, sattire donc les foudres du cinéaste. Dailleurs il nhésite pas, en citant Octave Mirbeau, à montrer que les exploitants savent camoufler sous des idées dites nobles, leur goût de la puissance et du meurtre. Et la justice n’est pas exempt de cette dimension satirique. En effet, elle apparaît comme juste bonne à protéger la bourgeoisie et à faire valoir ses droits. Ainsi, elle est montrée dans toute sa partialité, à travers le juge Rousseau. Car il s’agit bien d’une justice de classes que met en scène le cinéaste. Pendant qu’elle condamne un fou à la peine de mort, ses représentants peuvent braver les interdits en tout impunité (séquence dans laquelle le juge Rousseau viole sa maîtresse), manipuler la presses, les opinions. Ainsi, Bertrand Tavernier montre ici une justice démoniaque, capable de tout pour avoir la tête de celui qu’elle a d’emblée désigné comme coupable. Mais outre, le fait que le juge  manipule les médecins et Bouvier pour avoir ses aveux, il refuse les droits les plus élémentaires à l’accusé ( refus d’un avocat commis d’office, de soins médicaux,..) . Le représentant de la loi comme le corps qu’il représente sont montrés comme capables de condamner un être sur leur seule opinion. La Loi a ici un pouvoir de vie et de mort sur le peuple.

Fiche réalisée par Myriam Gharbi


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