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RESUME GENERAL |
Inspiré d’un
authentique fait divers datant du 19ème qui a
fait trembler les campagnes françaises (l’affaire
Vacher), Le Juge et l’assassin
met en place un face-à-face entre la Justice et un dément.
Réformé par l’armée
pour déséquilibre mental, rejeté par Louise, sa fiancée, l’ex-sergent
d’infanterie
Bouvier (Michel Galabru) ne se donne comme seul choix que de
tirer sur l’objet
de son amour avant de retourner l’arme
contre lui. Mais le meurtre comme son suicide rate. De cet
épisode, il gardera deux balles dans la tête. Interné pour
un temps à l’asile
de Dole, il en ressort soi-disant guérit. Il va alors errer
sur les chemins de la campagne française. Se réclamant du
statut d’envoyé
de Dieu, il idolâtre la vierge, continue d’écrire
à Louise…
tout en violant et étranglant les jeunes bergers et bergères
croisés sur son chemin. L’ancien
militaire va rapidement terrifier la population. Les
différents meurtres font la Une des journaux pendant que les
enquêteurs piétinent persuadés que les assassinats sont
perpétrés par plusieurs individus. Le juge Emile Rousseau
(Philippe Noiret), exerçant à Privas (Ardèche) va alors se
saisir de l’affaire,
plus par recherche de notoriété que par professionnalisme.
Son ingéniosité va le mettre sur les traces de Bouvier. La
course infernale de « l’éventreur
du sud-est », comme l’aime
à l’appeler
les journalistes, va être interrompue par le magistrat
carriériste et hypocrite. A une époque où l’antisémitisme
est béni par l’église,
où on brûle Zola et où l’affaire
Dreyfus est à son apogée, le juge est bien décidé à obtenir
la tête de l’ex-sergent
quitte à nier la folie du tueur. Et il arrivera à ses fins
car Bouvier sera décapité. Pendant que le magistrat se
retrouvera au tribunal pour réclamer un titre honorifique,
la classe populaire prendra conscience de l’injustice
de la condamnation et donc de la manipulation bourgeoise
orchestrée par le magistrat. A la fin du film, l’anarchie
touche la classe populaire. |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
En mettant en
scène un face à face entre un tueur et un assassin, Bertrand
Taverier donne à la justice une place centrale. En effet
c'est à travers elle, qu'il va s'employer à fustiger la
société du 19ème siècle. Ainsi, contrairement à « l’éventreur
du sud-est », personnage marginal des campagnes, Emile
Rousseau est l’incarnation
de l’ordre
bourgeois du dix-neuvième siècle. Provincial, timide et
hypocrite, il vit avec sa mère et traque les juifs, les
facteurs de désordre, les suspects et surtout les honneurs.
Arriviste, il considère chaque chômeur comme un coupable
notoire. Le juge Rousseau est un inquisiteur sans scrupule à
la justice expéditive. Avec la peinture de ce protagoniste,
c’est
donc toute une classe sociale que le cinéaste fustige. En
effet, il incarne une justice de classe acharnée à écraser
les petits. Carriériste, le parcours criminel de Bouvier est
pour lui une chance qui pourrait le mener à Paris. Comme
Bouvier, il est le produit d’un
ordre social conjuguant l’injustice,
la bêtise et le profit. Ainsi, le seul souci du juge sera d’obtenir
les aveux du tueur et de réussir à ce que ce dernier ne soit
pas considéré comme fou. Il se fait alors corrupteur en
faisant jouer son influence sur les médecins en charge de
l’évaluation mentale de Bouvier. Pour lui, la résonance de
son affaire pourrait être celle de l’affaire
Dreyfus. Avec cette comparaison, les remous antisémites, qui
agitaient le pays au temps où l’affaire
Dreyfus faisait plus de bruits que l’affaire
Vacher, affleurent . Le juge va donc faire preuve d’acharnement,
mobilisant la presse, s’asservissant
les médecins et faisant jouer son autorité. Car comme il en
témoigne lui-même, il « se fiche que Bouvier soit innocent
ou non », ce qu’il
veut c’est
son affaire. D’ailleurs,
la fin du film illustre l’excès
du carriérisme du magistrat puisqu’il
se retrouve au tribunal, défendu par un avocat qui réclame
la légion d’honneur
pour son client. De part son entêtement, il se rend coupable
d’un
meurtre légal, élément dont le peuple prendra conscience à
la fin du film. Aucune empathie avec le spectateur n’est
aménagé. En effet, Bertrand Tavernier semble vouer une
véritable haine au magistrat. C’est
dans un esprit de cruauté délibérée qu’il
représente des scènes familiales. Cruauté que l’on
retrouve dans les caractéristiques du procureur judiciaire
incarné par Jean-Claude Brialy.
Revenu de Cochinchine, accompagné d’un
« boy » qui fait toute sa fierté, le procureur Monsieur de
Villedieu accompagne le juge tout au long de son affaire.
Ainsi, le personnage du juge Rousseau permet une intrusion
dans la bourgeoisie afin de la disséquer au bistouri. Le
procureur qui se clame royaliste, se revendique aussi
antisémite car c’est
un phénomène de mode, pas dangereux et béni par l’église.
Comme le juge et le reste de la haute-bourgeoisie, il est
fermement opposé à Mirbeau et Zola. Malgré ses affinités
avec Emile Rousseau, ce personnage subira une évolution.
Pensant au départ comme le juge, il finira par reprocher au
magistrat son manque de loyauté et par être convaincu de la
folie de Bouvier. Quelques scènes plus tard, le spectateur
découvrira le procureur venant de se suicider comme si la
prise de conscience des travers de sa société lui avait été
trop insupportable.
Le personnage du juge permet donc une entrée dans la haute
société afin de mieux critiquer les rapports entre les
représentants du pouvoir, de la culture et de la religion.
Ainsi, à l’entrée
des églises, le spectateur pourra lire des affiches du type
: « Lisez La Croix, le journal le plus anti-juif de
France ». Bertrand Tavernier dénonce les mœurs de l’époque.
Au nom du nationalisme, des fanatiques brûlent les livres de
Zola. De plus, du haut de sa chaire, le prédicateur condamne
les partisans de l’école
laïque, c’est-à-dire
les institutions qui font lire Jules Vallès, Zola, Les
Misérables et qui font le jeu des francs-maçons ou des
juifs : L’école
laïque n’a
pas d’autre
but que de pourrir la patrie. La religion est véritablement
tournée en dérision. Ainsi, le personnage du juge, tenté par
l’inquisition,
traque l’anarchiste
de Dieu, pendant que les dames des bonnes œuvres font
signer aux clochards, qui veulent une assiette de soupe,
« un acte patriotique contre le traître Dreyfus ». De plus
dans les salons bourgeois, les références à Maurros sont
légion afin de magnifier la grandeur de l’empire.
C’est
l’époque
où Tombouctou vient de tomber, où les missionnaires en
Indochine se dévouent pour que se répande la civilisation
chrétienne. L’arrière-plan
historique constitue donc une dimension importante du
discours du cinéaste. C’est
l’époque
de l’affaire
Dreyfus, des attentats anarchistes, de l’expansion
des mouvements syndicaux, des luttes de l’église
contre l’école
républicaine et du nationalisme exacerbé. L’ordre
établi, dont le juge Rousseau est l’un
des représentants, s’attire
donc les foudres du cinéaste. D’ailleurs
il n’hésite
pas, en citant Octave Mirbeau, à montrer que les exploitants
savent camoufler sous des idées dites nobles, leur goût de
la puissance et du meurtre. Et la justice n’est pas exempt
de cette dimension satirique. En effet, elle apparaît comme
juste bonne à protéger la bourgeoisie et à faire valoir ses
droits. Ainsi, elle est montrée dans toute sa partialité, à
travers le juge Rousseau. Car il s’agit bien d’une justice
de classes que met en scène le cinéaste. Pendant qu’elle
condamne un fou à la peine de mort, ses représentants
peuvent braver les interdits en tout impunité (séquence dans
laquelle le juge Rousseau viole sa maîtresse), manipuler la
presses, les opinions. Ainsi, Bertrand Tavernier montre ici
une justice démoniaque, capable de tout pour avoir la tête
de celui qu’elle a d’emblée désigné comme coupable. Mais
outre, le fait que le juge manipule les médecins et Bouvier
pour avoir ses aveux, il refuse les droits les plus
élémentaires à l’accusé ( refus d’un avocat commis d’office,
de soins médicaux,..) . Le représentant de la loi comme le
corps qu’il représente sont montrés comme capables de
condamner un être sur leur seule opinion. La Loi a ici un
pouvoir de vie et de mort sur le peuple. |