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TITRE Les deux timides
REALISATEUR René Clair
ANNEE 1928
DUREE 90’
PRODUCTEUR Société des Films Albatros
GENERIQUE

Scénario de René Clair d’après la pièce d’Eugène Labiche et Marc Michel

Avec Pierre Batcheff (l’avocat Frémissin), Jim Gérald (Garadoux), Maurice de Féraudy (Thibaudier), Françoise Rosay, Véra Flory…

EXPLOITATION  
LOCALISATION DES ARCHIVES

Film : Cinémathèque française

Papier : BiFi (société Albatros) / BnF département des Ars du Spectacle (René Clair)

COPIE VHS / DVD  
RESUME GENERAL Frémissin, avocat débutant et timide, fait la plaidoirie de son premier client : Garadoux, accusé d’avoir maltraité sa femme. Devant le tribunal, gagné par l’émotion, il s’embrouille au point de faire condamner Garadoux. Après sa sortie de prison, celui-ci s’installe dans une petite ville de province, où il espère obtenir la main de la fille de Thibaudier, un notable local lui aussi maladivement timide. Frémissin arrive dans cette ville, en séjour chez sa tante, et rencontre la jeune fille dont il tombe amoureux. Elle veut épouser Frémissin, mais n’ose pas parler à Thibaudier, qui n’ose pas dire non à Garadoux. Découvrant l’existence et l’identité de son rival, ce dernier tente de l’empêcher d’approcher la maison des Thibaudier avant la signature du contrat de mariage. Il simule une attaque de la maison par des bandits, tout en faisant croire aux Thibaudier qu’ils sont assiégés. Prenant finalement courage, Frémissin fait démasquer Garadoux. C’est lui qui épousera la fille Thibaudier.
IMAGES DE LA JUSTICE

La séquence de la plaidoirie, au tout début du film, est un morceau d’anthologie. Le film est muet, mais au lieu d’user d’intertitres, René Clair représente en images les versions de l’histoire de Garadoux proposées par son avocat et par l’avocat général. Dans celle-ci, Garadoux est présenté comme une brute avinée qui moleste sa femme, alors que dans celle-là, il apparaît comme un mari modèle. Lorsque le jeune avocat s’embrouille, l’image s’arrête, revient en arrière, puis reprend en accéléré, s’arrête à nouveau, etc. La justice se trouve dans l’obligation de trancher entre deux histoires également caricaturales, donc également mensongères. La vérité est travestie par le recours aux clichés et par le montage. Jamais le spectateur n’a accès à une version objective.

Les membres du tribunal, quant à eux, sont ridiculisés. L’un des assesseurs est sourd, l’autre somnole, et le président sourit niaisement. L’avocat général, filmé en contre-plongée, est d’une rigidité théâtrale. La scène tourne à la farce lorsque une souris s’introduit dans le prétoire, provoquant une panique générale. Le président apeuré monte sur son bureau et la plus grande confusion gagne le public. Le calme rétabli, Frémissin ne peut plus reprendre le cours de sa plaidoirie et la cour, marquée par cet événement, condamne Garadoux à l’emprisonnement. C’est donc sous le coup de l’émotion que la sentence est prononcée, et si le prévenu apparaît effectivement comme un être mauvais, la justice n’est pas plus à son avantage, puisque pas un personnage la représentant n’échappe à la satire. René Clair se limite cependant à un portrait charge de bon aloi, empreint de relativisme ironique, qui ne constitue pas véritablement une critique du système judiciaire mais ébauche une réflexion sur le statut de la vérité.

Commencé dans le prétoire, le film s’y termine également, avec le procès intenté par Garadoux à Thibaudier, défendu par Frémissin, qui obtient cette fois-ci gain de cause grâce à sa maîtrise rhétorique.

Fiche réalisée par Dimitri Vezyroglou


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