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TITRE La Bête humaine
REALISATEUR Jean Renoir
ANNEE 1938
DUREE 100 minutes
PRODUCTEUR Paris Film Production (Robert et Raymond Hakim)
GENERIQUE

Scénario : JR d’après le roman homonyme d’Émile Zola (1890)

Acteurs principaux : Jean Gabin (Jacques Lantier), Simone Simon (Séverine Roubaud), Fernand Ledoux (Roubaud), Jean Renoir (Cabuche), Jacques Berlioz (Grandmorin), André Tavernier (le juge d’instruction), Georges Spanelly (Camy-Lamotte),

EXPLOITATION 13 semaines consécutives d’exclusivité en « première vision » au Madeleine, Paris (dont 417 340 F de recette la deuxième semaine, du 28 décembre au 3 janvier)
LOCALISATION DES ARCHIVES Photographies de plateau : Bifi (www.bifi.fr) et Mission du patrimoine photographique (www.patrimoine-photo.org). – Archives scénaristiques : Bifi (www.bifi.fr) et UCLA (www.oac.cdlib.org). – Dossier pédagogique : Jacques Joubert, « La Bête humaine » : un film de Jean Renoir, Acrira, 2000, 24 p.
COPIE VHS / DVD Studio Canal Vidéo (2001), mais version peu fiable
RESUME GENERAL Jacques Lantier, paisible cheminot du Paris-Le Havre, souffre d’un mal héréditaire qui, au contact des femmes, le transforme en bête. Au Havre, le brave Roubaud, sous-chef de gare un peu fruste, adore son épouse, Séverine la coquette, que protège son parrain, le puissant Grandmorin. Un jour, Roubaud comprend que sa femme fut jadis la maîtresse de Grandmorin. Il planifie le meurtre de ce dernier dans le train qui les ramène tous trois au Havre, et où se trouve par hasard Lantier. À la découverte du cadavre, Lantier laisse accuser Cabuche, un braconnier que sa haine de Grandmorin accable. Séverine cherche auprès de Lantier l’oubli de son crime, devient sa maîtresse, le pousse à la débarrasser de Roubaud, mais le cheminot n’a pas la force de passer à l’acte, faillite qui sonne le glas de leur passion. Un soir d’après bal, Lantier tente pourtant de relancer Séverine, mais, soudain repris par son mal, il la poignarde. Le lendemain, il se jette de la locomotive qui le ramène vers Paris.
IMAGES DE LA JUSTICE

De l’intention originelle de Zola de dépeindre dans sa Bête humaine « le monde judiciaire » (réalisée dans les chapitres montrant les manœuvres du juge d’instruction Denizet ou celles de Camy-Lamotte, Secrétaire général du Ministère), l’adaptation rédigée en quelques semaines par Renoir n’a presque rien gardé – à l’inverse de ce qu’en avait fait Martin du Gard dans sa propre adaptation établie en 1933 pour un projet mort-né.

Chez Renoir, le meurtre du puissant président de la compagnie ferroviaire, passé une brève enquête sur un quai de gare, donne lieu à une unique séquence d’instruction chez un juge désormais anonyme, puis l’intrigue judiciaire est escamotée, dût en souffrir la cohérence narrative chère au cinéaste. Significativement, Camy-Lamotte n’est plus que le secrétaire particulier de la victime, et il ne fait pas usage de la lettre compromettante écrite à Grandmorin par les Roubaud (le scénario, fidèle à Zola, prévoyait encore la destruction de cette pièce à conviction pour les beaux yeux de Séverine, ainsi que la relaxe de Cabuche).

La satire de la justice est donc circonscrite en cinq minutes : décors (bureau du juge et antichambre) ou silhouettes (gardes et greffier) convenus, faux témoignage de Lantier, défense gaffeuse de l’innocent Cabuche dont les antécédents fondent la culpabilité aux yeux d’un magistrat imbécile.

Deux ans après les espoirs nés du Front populaire, La Bête humaine signe, dans sa représentation de la justice, le désengagement politique de Renoir – peu avant que, dans La Règle du jeu (1939), un marquis ne rende la justice sur ses terres à la façon de l’ancien temps.

Pour l’heure, le face-à-face entre Cabuche et son juge offre ici la matière d’un morceau de roi, la plaidoirie du braconnier, plus longue réplique du film, tournée en un plan-séquence et interprétée par Renoir lui-même dont ce passage porte la trace du profond désenchantement.

 

À noter : La Bête humaine a fait l’objet d’un remake américain, Human Desire, signé Fritz Lang (1954).

Fiche réalisée par Olivier Curchod.
Professeur en classes préparatoires et historien du cinéma, auteur de plusieurs ouvrages sur Renoir, notamment, en collaboration avec Christopher Faulkner,
« La Règle du jeu » : scénario original de Jean Renoir, Nathan, « Cinéma », 1999.

 


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