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RESUME GENERAL |
En
1951, à Prague, le vice-ministre des affaires étrangères
Gérard Ludwick est de plus en plus suspect. Ancien de la
guerre d'Espagne puis résistant en France durant la seconde
guerre mondiale, il a survécu aux camps d'extermination
nazis. Mais "le parti" voit ce passé d'un oeil suspicieux.
Il est finalement arrêté, mis au secret, questionné et
contraint d'avouer des crimes imaginaires contre "la Cause".
Face à un tribunal partial, il devra avouer une trahison
dont il n'est pas coupable et ce, pour le "bien du parti".
Sa femme ( Simone Signoret), réduite à travailler à l'usine,
le désavoue alors publiquement lorsqu'elle entend ses aveux
à la radio. Mais Gérard Ludwik comme certains des quatorze
inculpés, échappera à la peine capitale, se voyant condamner
à la prison à perpétuité pour conspiration contre l'Etat. Ce
ne sera qu'en 1956, soit cinq ans plus tard et après
réexamen du procès qu'il sera finalement libéré. Installé à
Monte-Carlo avec sa famille, il finit par écrire ses
mémoires. Se rendant à Prague en 1968 pour faire publier son
ouvrage, il arrive au moment où les tanks soviétiques
envahissent la Tchécoslovaquie. |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
L’Aveu
est une adaptation du livre homonyme d’Arthur et Lise London. Un
document autobiographique relatif aux méthodes staliniennes de
destruction d’une personnalité en vue de servir la cause du parti
communiste ou de justifier les erreurs des bureaucrates chargés
de sa direction. Il témoigne de l’érosion de l’emprise du parti
communiste sur les intellectuels, notamment suite à Mai 68 et à
l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. En 1950, le
gouvernement fabrique des procès sous la pression de Moscou. Des
innocents attachés à l’idéologie officielle se retrouvent accusés
de trahison. Arthur London fait partie
de ces hommes vulnérables, ayant abdiqué leur propre liberté pour
se mettre au service de l’autorité du parti. Pour lui comme pour
tant d’autres, il est préférable de se tromper avec le parti
plutôt qu’avoir raison contre lui. Le PC tchécoslovaque adopte
alors une véritable position inquisitrice, retournant son
intransigeance meurtrière contre ceux qui l’ont jusque-là servit
avec dévotion. Le film prend donc comme objet d’analyse le
printemps de Prague brisé, souhaitant faire la description des
mentalités qui le stoppèrent. Un regard sur le passé qui tente
d’expliquer les désillusions du présent. Le parti-pris du film
annonce la dégénérescence du PCF comme force politique de premier
plan. En montrant les techniques comportementalistes et
psychologiques permettant aux dirigeants crapuleux de soutirer
des aveux, Costa-Gavras illustre la démolition de l’individu dans
son être-même à travers le personnage d’Yves Montand.
L’humiliation, la faim, la soif,… autant de procédés inhumains
transformant l’homme en loque. A travers cette descente aux
enfers, le cinéaste offre le sombre spectacle d’un régime
totalitaire mettant en route des procès truqués. Une sorte
d’épuration qui attise l’esprit même du spectateur dans une
volonté de transformer un monde absurde et violent. Ainsi, le
procès qui intervient à la fin du film n'est qu'un simulacre. En
effet, le reste du film montre la véritable mise en scène dont le
procès fait l'objet : apprentissage des réponses à formuler par
les détenus, soins médicaux et lampes UV pour qu'aucune trace de
tortures ne soit décelable devant les caméras de télévision. Ce
moment est particulièrement révélateur de l'instrumentalisation
des prisonniers. D'ailleurs, à la reprise des audiences, l'un des
détenus qui attend dans son box, frappera les trois coups de
théâtre en entendant la sonnerie signifiant la reprise du
procès.Toujours dans ce même fonctionnement, les prisonniers ont
été montrés en train d'apprendre leur déposition
par coeur. Nous assistons à une mise en abîme du rôle de
comédien, soulignée lors de la première séquence du procès :
pendant que l'un des accusés fait ses déclarations, un plan de
coupe montre son "répétiteur" suivre assidument le texte du
doigt. Les audiences représentent ici le climax du film dans le
sens où elles concentrent les interrogations que se posent le
spectateur : Gérard va-t-il braver les interdits et dévoiler les
trucages et ses conditions de détention au grand jour? La
présence de la presse va-t-elle jouer en la faveur des accusés?
Mais le système mis en branle est
bien rôdé et sait se parer des attributs d'une justice
réglementaire. Ainsi alors que la présence des médias représente
un espoir de dévoilement de la vérité pour le spectateur, un
travelling montre que les paroles diffusées en direct sont
filtrées. Un exemple de cette censure sera donnée lorsqu'un des
"coupables" ne saura plus sa leçon : après avertissement discret
du président du tribunal, les journalistes lanceront
l'enregistrement de la réponse fait durant la détention. Les jeux
de pouvoir fonctionnent donc suivant un vaste système
d'arborescence : alors que les militaires ont mené les
interrogatoires, ils transmettent les dossiers à la justice qui
maîtrisent la presse. Le tout dans le but de restaurer le pouvoir
du parti en contrôlant les masses. La justice est donc partie
intégrante d'un vaste réseau de propagande. Les séquences se
déroulant au tribunal représentent l'apogée de l'absurdité,
puisqu'elles mettent en scène un simulacre de procès. Et
d'apparence, la légalité est de mise. En effet, chaque accusé
bénéficie du soutien d'un avocat mais non pour se défendre mais
parce que "la loi l'exige" comme le souligne le docteur Nowak,
président du tribunal d'état. Mais avocats et président de la
cour ne veulent pas la vérité mais la version concoctée par les
militaires et qui sert l'intérêt de l'Etat. Tous corrompus et à
la solde du "Parti", ils incarnent facticement une justice de
droit, égale pour tous. Ce simulacre touche à son apogée lors de
la lecture des sentences. Alors que le spectateur a pu voir, dans
des séquences antérieures, des images montrant des militaires
éparpillant les cendres d'accusés, le président du tribunal
signifie leur droit : "Les détenus pourront consulter leur avocat
et décider s'ils acceptent les peines prononcées.
La cour se réserve également le droit de préciser son point de
vue". Durant tout le procès, l'omniprésence du régime est
signifié par les plans larges de la salle d'audience venant
dévoiler au premier plan les accusés entourés de militaires.
En montrant les terribles rouages
et surtout les conséquences désastreuses d'une justice asservie à
un régime totalitaire, Costa-Gavras dénonce une véritable purge
orchestrée par le pouvoir en place. Il remet alors en cause les
structures mentales individuelles dans lesquelles s'inscrivent
toutes actions. En montrant Prague envahie, le problème est alors
posé dans toute son ampleur, puisqu’il s’agit de mettre en jeu
directement la politique des partis communistes, la structure du
pouvoir et de la société en union soviétique. Le choix d’un sujet
“ occidental ”, traduit la volonté de Costa-Gavras de composer
avec l’idéologie dominante au sein de la gauche. Un des derniers
plans du film permet la lecture d’un graffiti : “ Lénine
réveille-toi, ils sont devenus fous ”. Phrase relativisant le
champ de la contestation puisqu’en invoquant Lénine, le cinéaste
prouve sa bonne foi en montrant qu’en faisant acte de
contestation il souhaite servir avant tout le socialisme. La
finalité n’est donc pas dans la dénonciation fondamentale
appelant la destruction du régime mais dans sa transformation,
les bases théoriques mêmes du parti (marxisme et léninisme)
n’étant pas remis en cause. D’autre part, tout le film est nourri
par la croyance en la possibilité d’une rectification des
erreurs. En partant pour Prague l’ex-vice ministre Ludvik
(London) a la ferme conviction que son livre servira la
construction du socialisme, participant du même coup à son
insertion dans un mouvement de révolutionnarisation. |