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TITRE L' Aveu
REALISATEUR Costa-Gavras
ANNEE 1970
DUREE 2h40
PRODUCTEUR Films Pomereu, Films Corona, Fonorama Selenia cinematografica (co-production franco -italienne)
GENERIQUE Scénario : Jorge Semprun d'après le récit de Lise et Arthur London, acteurs : Gabrielle Ferzetti (Kohoutek), Michel Vitold (Smola), Guy Mairesse, Laszlo Szbado, Marc Eyraud, Gérard Darrien, Gilles Segal, Charles Moulin,...
EXPLOITATION  
LOCALISATION DES ARCHIVES Film et papier
COPIE VHS / DVD Lionsgate
RESUME GENERAL

  En 1951, à Prague, le vice-ministre des affaires étrangères Gérard Ludwick est de plus en plus suspect. Ancien de la guerre d'Espagne puis résistant en France durant la seconde guerre mondiale, il a survécu aux camps d'extermination nazis. Mais "le parti" voit ce passé d'un oeil suspicieux. Il est finalement arrêté, mis au secret, questionné et contraint d'avouer des crimes imaginaires contre "la Cause". Face à un tribunal partial, il devra avouer une trahison dont il n'est pas coupable et ce, pour le "bien du parti".  Sa femme ( Simone Signoret), réduite à travailler à l'usine, le désavoue alors publiquement lorsqu'elle entend ses aveux à la radio. Mais Gérard Ludwik comme certains des quatorze inculpés, échappera à la peine capitale, se voyant condamner à la prison à perpétuité pour conspiration contre l'Etat. Ce ne sera qu'en 1956, soit cinq ans plus tard et après réexamen du procès qu'il sera finalement libéré. Installé à Monte-Carlo avec sa famille, il finit par écrire ses mémoires. Se rendant à Prague en 1968 pour faire publier son ouvrage, il arrive au moment où les tanks soviétiques envahissent la Tchécoslovaquie.

IMAGES DE LA JUSTICE

      L’Aveu est une adaptation du livre homonyme d’Arthur et Lise London. Un document autobiographique relatif aux méthodes staliniennes de destruction d’une personnalité en vue de servir la cause du parti communiste ou de justifier les erreurs des bureaucrates chargés de sa direction. Il témoigne de l’érosion de l’emprise du parti communiste sur les intellectuels, notamment suite à Mai 68 et à l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. En 1950, le gouvernement fabrique des procès sous la pression de Moscou. Des innocents attachés à l’idéologie officielle se retrouvent accusés de trahison. Arthur London fait partie de ces hommes vulnérables, ayant abdiqué leur propre liberté pour se mettre au service de l’autorité du parti. Pour lui comme pour tant d’autres, il est préférable de se tromper avec le parti plutôt qu’avoir raison contre lui. Le PC tchécoslovaque adopte alors une véritable position inquisitrice, retournant son intransigeance meurtrière contre ceux qui l’ont jusque-là servit avec dévotion. Le film prend donc comme objet d’analyse le printemps de Prague brisé, souhaitant faire la description des mentalités qui le stoppèrent. Un regard sur le passé qui tente d’expliquer les désillusions du présent. Le parti-pris du film annonce la dégénérescence du PCF comme force politique de premier plan. En montrant les techniques comportementalistes et psychologiques permettant aux dirigeants crapuleux de soutirer des aveux, Costa-Gavras illustre la démolition de l’individu dans son être-même à travers le personnage d’Yves Montand. L’humiliation, la faim, la soif,… autant de procédés inhumains transformant l’homme en loque. A travers cette descente aux enfers, le cinéaste offre le sombre spectacle d’un régime totalitaire mettant en route des procès truqués. Une sorte d’épuration qui attise l’esprit même du spectateur dans une volonté de transformer un monde absurde et violent. Ainsi, le procès qui intervient à la fin du film n'est qu'un simulacre. En effet, le reste du film montre la véritable mise en scène dont le procès fait l'objet : apprentissage des réponses à formuler par les détenus, soins médicaux et lampes UV pour qu'aucune trace de tortures ne soit décelable devant les caméras de télévision. Ce moment est particulièrement révélateur de l'instrumentalisation des prisonniers. D'ailleurs, à la reprise des audiences, l'un des détenus qui attend dans son box, frappera les trois coups de théâtre en entendant la sonnerie signifiant la reprise du procès.Toujours dans ce même fonctionnement, les prisonniers ont été montrés en train d'apprendre leur déposition par coeur. Nous assistons à une mise en abîme du rôle de comédien, soulignée lors de la première séquence du procès : pendant que l'un des accusés fait ses déclarations, un plan de coupe montre son "répétiteur" suivre assidument le texte du doigt. Les audiences représentent ici le climax du film dans le sens où elles concentrent les interrogations que se posent le spectateur : Gérard va-t-il braver les interdits et dévoiler les trucages et ses conditions de détention au grand jour? La présence de la presse va-t-elle jouer en la faveur des accusés?

         Mais le système mis en branle est bien rôdé et sait se parer des attributs d'une justice réglementaire. Ainsi alors que la présence des médias représente un espoir de dévoilement de la vérité pour le spectateur, un travelling montre que les paroles diffusées en direct sont filtrées. Un exemple de cette censure sera donnée lorsqu'un des "coupables" ne saura plus sa leçon : après avertissement discret du président du tribunal, les journalistes lanceront l'enregistrement de la réponse fait durant la détention. Les jeux de pouvoir fonctionnent donc suivant un vaste système d'arborescence : alors que les militaires ont mené les interrogatoires, ils transmettent les dossiers à la justice qui maîtrisent la presse. Le tout dans le but de restaurer le pouvoir du parti en contrôlant les masses. La justice est donc partie intégrante d'un vaste réseau de propagande. Les séquences se déroulant au tribunal représentent l'apogée de l'absurdité, puisqu'elles mettent en scène un simulacre de procès. Et d'apparence, la légalité est de mise. En effet, chaque accusé bénéficie du soutien d'un avocat mais non pour se défendre mais parce que "la loi l'exige" comme le souligne le docteur Nowak, président du tribunal d'état. Mais avocats et président de la cour ne veulent pas la vérité mais la version concoctée par les militaires et qui sert l'intérêt de l'Etat. Tous corrompus et à la solde du "Parti", ils incarnent facticement une justice de droit, égale pour tous. Ce simulacre touche à son apogée lors de la lecture des sentences. Alors que le spectateur a pu voir, dans des séquences antérieures, des images montrant des militaires éparpillant les cendres d'accusés, le président du tribunal signifie leur droit : "Les détenus pourront consulter leur avocat et décider s'ils acceptent les peines prononcées. La cour se réserve également le droit de préciser son point de vue". Durant tout le procès, l'omniprésence du régime est signifié par les plans larges de la salle d'audience venant dévoiler au premier plan les accusés entourés de militaires.

            En montrant les terribles rouages et surtout les conséquences désastreuses d'une justice asservie à un régime totalitaire, Costa-Gavras dénonce une véritable purge orchestrée par le pouvoir en place. Il remet alors en cause les structures mentales individuelles dans lesquelles s'inscrivent toutes actions. En montrant Prague envahie, le problème est alors posé dans toute son ampleur, puisqu’il s’agit de mettre en jeu directement la politique des partis communistes, la structure du pouvoir et de la société en union soviétique. Le choix d’un sujet “ occidental ”, traduit la volonté de Costa-Gavras de composer avec l’idéologie dominante au sein de la gauche. Un des derniers plans du film permet la lecture d’un graffiti : “ Lénine réveille-toi, ils sont devenus fous ”. Phrase relativisant le champ de la contestation puisqu’en invoquant Lénine, le cinéaste prouve sa bonne foi en montrant qu’en faisant acte de contestation il souhaite servir avant tout le socialisme. La finalité n’est donc pas dans la dénonciation fondamentale appelant la destruction du régime mais dans sa transformation, les bases théoriques mêmes du parti (marxisme et léninisme) n’étant pas remis en cause. D’autre part, tout le film est nourri par la croyance en la possibilité d’une rectification des erreurs. En partant pour Prague l’ex-vice ministre Ludvik (London) a la ferme conviction que son livre servira  la construction du socialisme, participant du même coup à son insertion dans un mouvement de révolutionnarisation.

Fiche réalisée par Myriam Gharbi

 


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