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RESUME GENERAL |
Le
dénommé Jean-Philippe La Brige, “philosophe défensif“,
comparaît devant le tribunal correctionnel. Des milliers de
plaintes ont été déposées par les badauds qui arpentent le
trottoir roulant de l’Exposition Universelle de 1900, avenue
de la Motte-Picquet ; et un huissier donne lecture de son
rapport, attestant bel et bien que l’inculpé a durablement
exposé son postérieur à la vue des passants
scandalisés… Assurant sa propre défense, La Brige plaide en
faveur de son droit à s’habiller comme il lui plaît chez
lui, quelle que soit l’indiscrétion du public. Malgré toutes
les fleurs de rhétorique qu’il déploie, il écope d’une
condamnation à trois mois de prison et vingt-cinq francs
d’amende - en vertu de l’article 330 du code pénal qui
sanctionne l’attentat à la pudeur. Reconnu cependant “bien
fondé dans son système de défense“ par le président du
tribunal, il accueille le verdict d’un cri théâtral : “J’en
appelle à la postérité !“ |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
On devine que ce qui a
intéressé Pagnol dans la pièce de Courteline, c’est l’auto-
défense d’une logique marginale face à une société anonyme
et écrasante : La Brige est le précurseur de Jofroi, du
Schpountz ou d’Ugolin, dans la rhétorique délirante qu’il
oppose à tous les porte-parole du bon sens. Car tout ici
passe déjà par le verbe, seul moyen pour le contestataire
d’affirmer sa vérité : ignorant superbement le régime “aéré“
alors en vigueur dans le théâtre filmé, Pagnol enregistre
telle quelle la plaidoirie écrite pour la scène, sans
inserts pittoresques sur l’objet du délit… “Le manuscrit de
mon film, c’est le texte définitif de Georges Courteline,
telle qu’il l’a écrit“, précise-t-il à la veuve de l’auteur
dans une lettre reproduite en janvier 1934 dans Les
Cahiers du film. Aussi bien, les deux dramaturges se
retrouvent dans une mise en scène joyeuse de la faconde
judiciaire, retournée par l’inculpé contre ses adversaires
(le président du tribunal, l’huissier, les milliers de
plaignants absents), à tel point qu’on finit par lui donner
raison, au moins moralement : en 1934 comme en 1900, la
phraséologie de prétoire est pour quelques minutes réveillée
(avec même, en guise d’imprécation finale, une citation
parodique de L’Affaire du courrier de Lyon !),
enrayée, déviée de sa trajectoire impersonnelle. Pas plus
que Courteline, Pagnol n’entend remettre sérieusement en
cause les convenances sociales ou le fonctionnement de la
justice, mais plus ironiquement rendre à l’individu le droit
à la parole - même si elle tourne à vide et se déploie en
pure perte. |