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RESUME GENERAL |
Dans
un état sous le joug militaire, le chef de l’opposition
pacifiste, le député Z, est assassiné lors d’une
manifestation. L’attentat est maquillé en accident. Tandis
que le groupe a perdu son leader, ces membres sont traqués
par des groupuscules extrémistes proches du pouvoir. Un juge
d’instruction aidé par un journaliste (Jacques Perrin),
passe outre les pressions politiques pour connaître la
vérité sur la mort du député. Il conclut à la responsabilité
directe des forces policières et militaires. Mais comme dans
le fait authentique qui se déroula en Grèce le 22 Mai 1963,
les accusés seront acquittés malgré les charges à leur
encontre, les membres de l’organisation du docteur seront
arrêtés ou disparaîtront dans des conditions étranges. Et le
pouvoir militaire prendra le pouvoir. |
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IMAGES DE LA
JUSTICE |
Dans Z, la justice tient une place centrale.
En effet, c’est à partir du personnage du juge que la structure
dramatique est construite. Et ce, même si le contestable et le
louche ont contaminé l’appareil
judiciaire. Pendant que le procureur est défini comme servile,
carriériste et lâche, le ministre de la justice apparaît comme
totalement soumis au pouvoir. Personnage aux décisions
arbitraires, le ministre incarne la brutalité des pressions
gouvernementales. Ainsi, à l’annonce de
la mort de Z, le procureur est préoccupé par l’inefficacité
des forces de police dans le sens où elle peut être décisive pour
l’opinion publique. Avec un député
battu à mort (Georges Peyroux) et un autre oscillant entre la vie
et la mort (Z), le scandale peut éclater. Sa seule préoccupation
est donc dans le maintien du pouvoir en place. En lien avec les
forces fascistes, il tente d’étayer la
thèse du “ banal accident de la circulation ”. Le procureur veut
donc mener l’affaire à terme
rapidement, non dans un souci de recherche de la vérité mais dans
celui des implications politiques graves qui peuvent en résulter.
Situation qui permet au cinéaste de signifier au public les
malversations gouvernementales dont il peut être victime. De
plus, physiquement le procureur présente une analogie frappante
avec Adolph Hitler : Brun, la raie sur le côté et la petite
moustache caractéristique, tout y est pour que le spectateur
comprenne bien dans quel “ camp ” se trouve le magistrat.
Après avoir été pris en charge par
un personnage à la caractérisation claire, le public est happé
par le doute quant aux convictions du magistrat. En effet, ce
scepticisme, voulu par le cinéaste, tient dans la
caractérisation du personnage marquée par un impératif d’indécision.
Lunettes noires, visage impénétrable et ton cassant le rapproche
des militaires fascistes pendant qu’il
est présenté comme l’un des meilleurs
magistrats du pays. Ainsi à travers ce personnage, Costa-Gavras
met en place un long dispositif de leurre, de retardements et d’impasses.
“ Mais de quel côté est-il ?”, se demande le spectateur noyé sous
une accumulation de signes contradictoires. Alors qu’il
présente certaines analogies avec le docteur comme la gravité, le
professionnalisme ou le courage et la solitude, il refuse de
parler d’assassinat et incite sèchement
ses témoins à parler d’accident. Mais
il sait aussi se faire plus agréable et ce, essentiellement dans
le but d’obtenir des informations.
Ainsi de part son ambivalence, le magistrat a le pouvoir d’inquiéter
ou de rassurer, d’accroître ou d’apaiser
les tensions. Et c’est dans la
préoccupation d’une véritable stratégie
spectatorielle, que Costa-Gavras ne fait découvrir que
tardivement au spectateur, la couleur politique du juge. Il met
en place un processus d’attente qui
capte l’attention du public. Sous le
signe de la neutralité, le juge est alors l’incarnation
sans bavure d’un pur idéal de justice.
Et c’est dans ce souci qu’il
se méfie des témoignages communistes. Suspicion montrant sa
droiture. Avec le magistrat, la morale juridique est sauve et
grâce à elle la démocratie peut être restaurée. Dans sa longue
quête, le magistrat solitaire découvrira la vérité et devra faire
face à sa hiérarchie refusant qu’il
dévoile ses trouvailles. Mais au lieu de le dissuader, les
interventions extérieures renforceront ses convictions.
Enquêteur en robe noire, c’est
lui qui conduit le récit, alimentant la fiction de ses
découvertes. Le magistrat s’engage
dans un combat aux accents de David contre Goliath. Mais la quête
de la vérité aboutira à leur mort. Pour avoir voulu défier le
pouvoir en place, ils sera assassiné. Personnage au destin
tragique, condamné pour son entêtement et sa croyance dans une
justice égale pour tous. Martyr des temps modernes, brûlé sur le
bûcher de la vérité et de la justice, le destin du juge offre une
fin pessimiste. Après avoir inculpé des militaires, le régime en
place finit par triompher. Ce que le spectateur apprend à travers
ce personnage c’est que dans un régime
totalitaire ou corrompu, la vérité tue. Ainsi tous les moyens
sont bons et excusables lorsqu’on
recherche la vérité, semble dire Costa-Gavras. Il va même plus
loin: pour affronter ses adversaires, le magistrat n’a
comme seul choix que d’adopter les
mêmes armes. Face aux meurtres visant à éviter à d’éventuels
témoins de parler, le magistrat répond par les menaces mais aussi
par le mensonge. En prêchant le faux pour savoir le vrai, en
mettant en avant la puissance de sa fonction et ses moyens de
pression, il fait avancer l’enquête.
Malgré ses méthodes peu scrupuleuses, le spectateur adhère. En
effet sa cause est présentée comme louable. La justice, incarnée
par le juge, tient ici un rôle positif puisqu’elle permet la
restauration d’une société démocratique. |